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Archive journalière du 5 déc 2013

Qui fera revivre l’esprit des Droits de l’Homme à la française ?

 

Athènes

Athènes

Il y a une vingtaine d’années, alors que je me trouvais à Dublin avec le groupe universitaire de Paris 7 qui m’avait incitée à préparer un DEA sur les relations Texte/Image, dans le cadre d’un échange Erasmus, j’ai côtoyé à Trinity College un professeur passionné par l’ouvrage de Michelet, La Sorcière. Cet homme en collectionnait les éditions et réunissait autant de textes sur le sujet qu’il était en mesure de le faire. Déjà mise à l’index dans ce groupe d’étudiants où je me faisais l’effet d’une pièce rapportée, sans en comprendre la cause, je n’avais pas manqué de remarquer l’insistance avec laquelle il évoquait sa marotte en ma présence.

Parmi les pensées profondes qu’il avait tenu à partager avec nous, je me souviens qu’il avait évoqué le sort d’une femme du XVIIIème siècle, s’étant retirée dans un monastère après avoir vécu dans la vie civile, ce qui la distinguait des religieuses entrées dans la prime jeunesse, et qui était devenue la victime d’une violente campagne de diffamation, avec harcèlement physique et moral, l’accusant d’être une « sorcière ». Le contexte religieux n’est pas étranger à la manifestation d’une violence misogyne mais un parallèle peut être établi avec l’université réactionnaire dans laquelle j’évoluais. La réponse de cet intellectuel devant l’expression d’une haine collective qui semblait irrépressible était d’expliquer que ses tentatives personnelles pour se défendre elle-même avaient été vouées à l’échec jusqu’à ce qu’enfin un homme accepte, contre l’opinion générale, de prendre sa défense.

Deux décennies plus tard, la même révolte me soulève la poitrine à l’idée qu’il m’incitait à la passivité devant toutes les formes de harcèlement dont j’aurais pu être victime. La même révolte m’anime aussi contre ces intellectuels, ou hommes d’expérience, qui considèrent que « savoir et comprendre » suffit à conforter la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes et les dispense de s’engager. Personne ne m’a défendue, à Trinity College non plus. Personne ne veut le faire. Alors que chacun sait, parmi ceux qui pourraient le faire, que le procès en sorcellerie qui m’est fait, loin d’être spontané, loin d’être l’émanation d’un fonds collectif indomptable, a été organisé et programmé par des cyniques.

Qui fera revivre l’esprit des Droits de l’Homme à la française ? Depuis que je suis à Athènes, le seul représentant des Droits de l’Homme que je sois parvenue à rencontrer m’a expliqué qu’en matière de Droits de l’Homme, c’était la France qui faisait les lois, que la Grèce se contentait de suivre, et que le seul moyen que j’avais de me défendre était de me faire défendre par des Français…

 

Canal de Corinthes

Canal de Corinthe

25 août 2013. Corinthe.

Lors d’un déplacement de prospection à Corinthe, dans le cadre de la création d’entreprise que je me proposais de lancer, je prends mon déjeuner dans une petite brasserie du centre ville, ouverte sur la rue, et qui compte une dizaine de couverts. Je me suis assise par hasard, pour être à l’ombre, auprès d’un groupe de trois Français, la petite trentaine, le jeune homme venant d’aller chercher ses deux amies parisiennes à Athènes, où elles sont venues le rejoindre pour les vacances. La rue, écrasée de chaleur, est quasi déserte. Au cours du repas, un prêtre orthodoxe s’arrête en face du restaurant, à ma hauteur, de l’autre côté de la rue. Il se met aussitôt à s’agiter avec son rosaire, en faisant de grands gestes des bras, comme s’il lançait un anathème : Pschitt, Pschitt… Le jeune homme, témoin de la scène, a d’abord expliqué à ses deux camarades, sur un ton confidentiel, que les prêtres, dans un village, sont des « rois » : ce sont les personnages les plus importants et les plus influents car l’Etat et l’Eglise ne sont pas séparés. Puis, le prêtre continuant son manège avec insistance, il s’est plongé dans la consultation de son écran de téléphone portable, d’un air absorbé. Les deux jeunes femmes se sont tues, le visage défait. J’ai regardé le prêtre sans ciller jusqu’à ce qu’il se décide à reprendre sa promenade.

 

Stadium, Athènes.

Stadium, Athènes.

30 août 2013. Athènes.

Bien que je sois à Athènes depuis près de trois mois, je n’ai encore presque rien visité et ce vendredi après-midi, j’entreprends d’aller faire un tour au Stadium. Arrivant sur les lieux, je m’arrête le long de l’avenue qui longe le site, au passage piéton, pour attendre mon tour de traverser. A mes côtés, se trouve un jeune couple, qui s’avère être un couple de Français. Puis survient dans mon dos un Grec, une bonne quarantaine d’années, à bicyclette, qui s’adresse à moi en anglais, sur un ton rieur, pour me tenir des propos d’une misogynie indécente, accusant les femmes en général, et les Allemandes en particulier, d’être responsables du naufrage de l’Europe. Exaspérée par les insultes sexistes, je commence par répondre à cet homme en anglais, puis en français, avant de parvenir à me débarrasser du goujat. Le jeune couple français, qui se rendait au Stadium comme moi, s’est d’abord tenu en retrait, comme s’ils n’avaient rien remarqué, puis ils ont attendu que j’aie pris mon billet et sois entrée pour le faire à leur tour. Pendant la visite, lorsque nous avons eu l’occasion de nous croiser, ils se sont tenus à l’écart de moi comme si j’étais une pestiférée.

 

Plaka, Athènes.

Plaka, Athènes.

Eté 2013, Plaka, Athènes.

Une promenade dans les petites rues de Plaka offre souvent l’occasion de s’extraire de la foule et de ses agressions. En fin d’été, alors que j’arpente les flancs de l’Acropole, je croise dans une rue étroite un groupe de jeunes gens. Après trois pas, j’entends soudain dans mon dos une voix masculine qui s’exclame : « Tu as vu qui tu viens de croiser, tu as vu… ? » Et comme je me retourne spontanément, je découvre les jeunes Français qui me regardent à la dérobée…. Bien sûr, je ne dirai plus qu’on me reconnaît dans la rue. J’aurais trop peur d’être internée. Mais c’est à ce genre d’expériences que je m’aperçois en effet qu’il est tout à fait impossible que mon appartement soit sur écoute, que mes voisins exercent une surveillance sur moi, que ma voiture soit équipée d’un mouchard ou que mes échanges internet (mail, blog, etc…) soient lus en instantané par la police…

Il n’y a pas un Droit au respect de la vie privée parmi les Droits de l’Homme ? Entre autres Droits…

Visites lors de la mise en ligne.

Visites lors de la mise en ligne.

Mise en ligne de l’article :

Lorsque je suis arrivée dans l’administration du blog, j’étais seule, comme cela arrive souvent. La mise en ligne du texte de l’article (sans les photographies) à partir d’un support que je venais de préparer sur un fichier de traitement de texte n’a pris qu’une minute ou deux. Aussitôt j’ai une dizaine de visiteurs, et à nouveau une dizaine après le téléchargement des photographies. Ce ne sont pas des robots. Mes lecteurs pensent, voire se manifestent, par exemple en se positionnant ensuite sur un article dont le titre est significatif : « La colère gronde… » (Voir surtout sur le sujet l’article Révolte : Haro sur Matter). Comment une femme que l’on prétend irresponsable, et qui a si peu de lecteurs effectifs sur son blog, peut-elle être à ce point surveillée ?…

NB : 1. Les visiteurs ne sont pas comptabilisés par le compteur (?!); 2. La mauvaise qualité de mon support « maison », avec collage de photocopies et photographie bricolée, est représentative des conditions de vie désastreuses auxquelles je suis à nouveau réduite, comme du stress qui l’accompagne (je refuse de recommencer). Cette surveillance influe aussi sur mon mode d’écriture en m’incitant à une forme d’auto-censure ou du moins d’extrême prudence : euphémismes pour décrire la réalité, hésitation à télécharger certains documents…Les atteintes aux droits humains fondamentaux sont toujours aussi insupportables…




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