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Archive journalière du 4 nov 2013

Contre-propagande sur le Coquelicot

 

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Monnaie canadienne estampillée du Coquelicot.

Si le coquelicot a envahi l’imagerie décorative, sa connotation anglo-saxonne et réactionnaire est peu perceptible en France. Découvert dans les publicités et la propagande orchestrées par CNN, et surtout au cours de mon séjour  à Toronto, le symbole reste pour moi associé à la virulence du capitalisme et du patriotisme anglo-saxons, en Grande-Bretagne, au Canada, aux Etats-Unis. Je garde un très mauvais souvenir des pièces de monnaie canadiennes, estampillées du coquelicot, ou des plaques minéralogiques des voitures affichant leur positionnement politique d’une fleur rouge.

Le coquelicot a été choisi comme symbole du Remembrance Day, pour honorer le souvenir des morts de la Grande Guerre. C’était  la fleur fragile, rouge sang, des champs de bataille dévastés, parfois évoquée par les poètes. L’an dernier, mon arrivée à Londres avait  été placée sous le signe du coquelicot, puisque toute l’Angleterre s’apprêtait à célébrer le 11 novembre. La Royal British Legion vendait dans toutes les rues des coquelicots en papier, à épingler au revers de son manteau ou de son veston.

Le coquelicot est aujourd’hui associé de façon si insistante avec le souvenir des morts de la Grande Guerre, que l’on en oublie que ce même  coquelicot, rouge, sauvage, estival, a été un symbole de la Gauche, avant que la propagande capitaliste ne se l’approprie. Presqu’absent des représentations idéologiques françaises, qui lui a préféré le bleuet sans que ce dernier rencontre le succès de son rouge concurrent, le coquelicot est omniprésent dans l’imagerie anglo-saxonne, où la valeur des couleurs rouge et bleu attribuées aux forces politiques de droite et de gauche est inversée. François Hollande aurait souligné sa singularité, après  son élection, lors d’une cérémonie militaire, en affichant le bleuet au revers de son veston, contrairement à son prédécesseur. La revendication n’est pas contradictoire avec l’idée que je me suis faite du Parti socialiste, ni de ses liens secrets avec les Etats-Unis.

Si la commémoration des morts de cette guerre monstrueuse, qui a assassiné des millions de jeunes gens au profit des marchands de canons, semble bien une nécessité et un devoir, dans un monde qui ne s’est toujours pas remis de la violence démesurée des champs de bataille, son instrumentalisation politique est moins justifiable. C’est un domaine où la pensée unique s’impose soudain de façon brutale, intolérante, aspirant à l’hégémonie, avec des journalistes anglais, par exemple, rappelés à l’ordre et obligés de se justifier, indignés, pour avoir refusé de porter le coquelicot à l’antenne, le Jour J, au revers de leur veste… comme si les manifestations officielles organisées par l’armée avaient le monopole de la compassion pour les Morts de 14-18.

La brutalité de la pensée anglo-saxonne est peu soulignée. On a plutôt de l’Angleterre, des pays d’Amérique du Nord, l’image de terres d’asile, de territoires dévoués à la liberté d’expression. Pourtant le glissement idéologique qui s’est produit ces dernières années va vers un durcissement des positions qui tolère de moins en moins les divergences d’opinion. Je me souviens des cours d’anglais que j’ai suivis à l’Université de Lille avec un professeur américain, par ailleurs remarquable, mais qui se rendait odieux en émaillant ses leçons de propagande capitaliste néolibérale, avec la conviction manifeste que le fait d’apprendre la langue impliquait un assentiment tacite à une doctrine qui ne représente pourtant qu’un aspect de la culture anglo-saxonne, même si elle est actuellement dominante.

L’américanisation du monde anglo-saxon est sensible à Londres aussi. L’hiver dernier, les festivités de fin d’année proposaient de multiples représentations du film mythique de Victor Fleming, The Wizard of Oz (1939) avec projections du film, références publicitaires ou exposition « Hollywood Costume » au Victoria & Albert Museum, annoncée par des affiches monumentales de Judy Garland sur les bus à impériale. Les deux promoteurs du capitalisme que sont le coquelicot et le cinéma hollywoodien faisaient soudain se télescoper, non sans ironie pour l’observatrice que je suis, deux représentations du poppy aussi notoires l’une que l’autre. Qui peut oublier la scène des Poppies du Wizard of Oz, lorsque the Wicked Witch  tend un piège à Dorothée et à ses compagnons : « And now my beauties something with poison in it, I think. But attractive to the eye and soothing to the smell. Poppies. Poppies will put them to sleep ».(*)

Ce ne sont pas les premiers jours de novembre qui m’incitent à une étrange digression vers la Grande Guerre et le Coquelicot mais bien le souvenir lancinant de la façon dont le Canada, ce pays infâme, non content de me rejeter alors que je demandais asile, a tenu à me renvoyer manu militari et fauchée à mes tortionnaires. Je ne sais toujours pas ce dont je suis accusée, mais la violence qui m’a été faite semble tout entière contenue dans cette petite fleur néfaste dont je ne me serais pas méfiée, le coquelicot.

*Qui peut oublier la scène des Coquelicots du Magicien d’Oz, lorsque la Méchante Sorcière tend un piège à Dorothée et à ses compagnons : « Et maintenant mes beautés, quelque chose qui contient du poison, je pense. Mais séduisant pour les yeux et apaisant pour l’odorat. Des coquelicots. Des coquelicots vont les endormir ».




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