• Accueil
  • > Révolte : Exit le panier de crabes

Révolte : Exit le panier de crabes

Révolte : Exit le panier de crabes The-greedy-Blackbird-103x150

The greedy Blackbird.

L’obsession de mes adversaires est de me renvoyer chez mon père. C’est à ce genre d’idées fixes qu’on évalue l’emprise du patriarcat sur la société française. Et lorsque la phallocratie donne le ton, il n’y a plus de clivages politiques qui tiennent. Le jeune libertaire va taper sur l’épaule du réactionnaire sans complexe. C’est la vraie solidarité, celle qui révèle le fond des personnalités.

Si l’attachement à une mère est viscéral, celui qui lie à un père ne l’est jamais. La paternité se gagne : elle se construit avec l’éducation. Un homme qui n’a pas le courage d’exposer ses idées, de défendre son point de vue, d’avouer ses amitiés, de revendiquer ses accointances sociales, ne peut pas être un père car il est incapable de tenir son rôle d’éducateur et d’initier son enfant à la sociabilité.

Je n’entends pas par là que le rôle d’un père est secondaire. Je suis convaincue au contraire qu’il est essentiel et que ce tiers qui s’impose entre l’enfant et la mère pour dépassionner leur relation fusionnelle est primordial. Mais c’est un rôle qui se mérite. Un homme incapable de le tenir, aussi cruel que cela soit, peut perdre tout ascendant sur ses enfants, car il ne remplace pas par l’estime et le respect l’intimité de la relation mère-enfant.

La société française m’a refusé tout recours contre un père qui m’a calomniée au point de détruire ma vie, qui a sali mon honneur, assassiné mes désirs d’enfants, réduit ma carrière à néant, et qui m’a livrée sans retenue à un lynchage collectif. Quels que soient ses torts, je reste selon la logique patriarcale une fille dépendante de son géniteur, une mineure assujettie à l’autorité paternelle, en dépit de la quarantaine et d’un doctorat, malgré des années d’études et d’émancipation.

Les expériences que j’ai faites ne sont pas reconnues par une famille de phallocrates et misogynes qui se vantent que leur fille ait raté son CAP avec la note de 02/20 ou ait refusé de faire des études « payées par l’Etat » lorsqu’elle avait la possibilité d’en faire de brillantes. L’oppression machiste aime humilier les femmes cultivées. Pourtant les jeunes filles qui entendent se soumettre au diktat de la bêtise humaine devraient y réfléchir à deux fois, quelle que soit la modestie de leurs ambitions. Que la vie aille bien ou mal, elle va toujours mieux avec son CAP que sans. Et ce n’est pas parce qu’on l’a raté ou abandonné à dix-sept ans qu’on ne peut pas le repasser à vingt-cinq — ou plus tard.

Tag-Vieux-Lille-2012.-126x150

Tag, Vieux Lille, 2012.

Je suis fascinée par la capacité de ces petits viticulteurs de la région de Pons, un gros bourg de Saintonge qui fut la patrie d’Emile Combes, à se trouver des alliés, tant dans leur entourage que dans l’Education nationale ou dans la société civile. Mais il a fallu se rendre à l’évidence que tous ces tenants de la phallocratie ne brillaient pas non plus par leur ouverture d’esprit.

J’ai été sidérée de découvrir, après des années de séparation, que ma cousine institutrice, mariée à un « gauchiste » inscrit jusque sur les listes électorales municipales du Parti socialiste de Saintes, puisse tenir des propos réactionnaires, anti-intellectuels et homophobes, se flattant de n’être pas allée voir sur son lit de mort un des mes cousins décédé du sida. Je suppose qu’elle se bouche le nez, les yeux et les oreilles lorsque les Jeunes socialistes défilent pour la GayPride.

J’ai été ulcérée lorsqu’un ami de mon père, envoyé pour me circonvenir, m’a déclaré, sur le ton suffisant d’un homme qui connaît la vie, qu’à son avis le fait de faire des études montait à la tête et devait provoquer le cancer du cerveau !… On ne peut pas demander à la femme que je suis de faire allégeance à une aussi formidable stupidité !

Et qu’on ne me parle pas de mépris. J’ai toujours accepté ces gens-là tels qu’ils étaient. Je ne leur ai jamais donné de leçons, y compris lorsqu’ils abordaient devant moi des sujets sur lesquels je suis plus compétente qu’eux. Surtout je ne me suis jamais mêlée de leurs affaires. S’il y a mépris, c’est de leur bord : un formidable mépris pour les femmes, mépris pour l’intelligence, mépris pour la culture, mépris pour les études, mépris pour la liberté de penser…

230720121555453300000-150x106

Carte de mes cousins.

Puisque mon combat a échoué et que la justice ne m’a pas été rendue, il est temps d’offrir à la sagacité de mes jeunes cousines, et de toutes les jeunes femmes qui pourraient avoir à pâtir d’une famille phallocrate, les lettres et documents qui ont accompagné ma plainte contre mon père, ma cousine germaine et son mari. Je ne pourrai pas faire beaucoup plus pour elles. Pour ma part, je ne retournerai pas dans une famille qui m’a livrée à la haine de la clientèle socialiste, avec cette « subtilité charentaise » qui séduit tant les Parisiens de la rue Solferino, une subtilité de paysans matois qui se souviennent que François Mitterrand a fourbi ses premières armes dans les rangs d’Action française et s’est initié aux arcanes du pouvoir auprès des ministres de Vichy. 

Les promesses de dialogue que m’a faites mon père m’ont bernée trop souvent pour que je me laisse encore prendre à leur piège. Dès que les questions se précisent, il devient évasif. J’ai même cherché, au moment du décès de ma mère, à les poser par écrit et je lui ai demandé de s’expliquer sur trois thèmes : celui de la « lettre » et des insinuations répétées qui l’accompagnaient ; celui de l’emploi, puisqu’il semblait trouver naturel que je sois sans travail ; celui du suicide d’une jeune femme dans la famille, information lancée comme un hochet dans une dispute, mais sur laquelle je n’ai jamais pu obtenir la moindre précision.

Lors de notre dernier entretien fin 2007, en guise de réponse à mes questions, il m’a proposé à la place une initiation à la rouerie en m’expliquant comment il pleure devant les dames ou comment il s‘y prend pour suggérer des idées à ses interlocuteurs sans les dire, afin de leur laisser croire qu’ils avaient compris tout seuls…  Il doit avoir bien d’autres tours dans son sac, mais je n’ai pas attendu la suite. Ecœurée par la complicité qu’il cherchait à créer, j’ai pris la porte.

La fadeur apparente des lettres de mon père ne trompera que les lecteurs de mauvais augure. Leurs formules toutes faites sont l’expression d’une pensée qui se dérobe, d’intentions qui se cachent, d’une malveillance qui sommeille. Leur adresse ne présage pas non plus d’un quelconque talent des misogynes. La misogynie est le révélateur de faibles et de médiocres qui cassent du sucre sur le dos des femmes parce qu’ils sont incapables de faire reconnaître par eux-mêmes leurs mérites personnels. Leur tyrannie est cependant réelle car elle est relayée par une société complice.

Mon erreur majeure a été de minimiser ce que je vivais sous prétexte que « ce n’était pas grave puisque je ne voyais ma famille que quinze jours par an » ou « qu’ils pouvaient toujours jaser, quoi qu’il arrive, je ne leur faisais aucune confidence ». Les accusations de trahison ont aussi mis un frein à mes velléités de défense. Là encore, j’avais tort de me laisser culpabiliser : pour trahir une personne, il faut que celle-ci ait placé en vous sa confiance et son amour. Il n’y a pas de trahison lorsqu’on se défend contre des gens qui attaquent votre réputation ou qui cherchent à vous nuire et à vous manipuler pour favoriser leurs intérêts personnels.

Je ne propose pas de recette. Je ne vais pas donner des conseils à ces jeunes femmes alors que j’ai été moi-même incapable de me protéger. Mais je leur lance un appel à la vigilance et à la prudence. Les interdits sont rarement posés par les phallocrates. Et même lorsqu’on s’y oppose, les règles sont assenées de façon si insidieuse que l’on met des années à les appréhender, à les déconstruire, à s’en débarrasser.

Les documents qui m’ont servi à porter plainte contre mon père. :

Le panier de crabes

Les lettres de mon père, qui continue à me harceler aussi d’appels téléphoniques :

230720121555453300001-212x300230720121555453300002-212x300

230720121555453300003-212x3002307201215554533000041-212x300

230720121555453300005-212x300230720121555453300006-212x300

230720121555453300007-212x300230720121555453300008-212x300

3 Réponses à “Révolte : Exit le panier de crabes”


Laisser un Commentaire




Le site (bêta) de Kinanda ... |
Benin News |
akdv |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | movin'
| Le Jardin d'Ethan - Ve...
| Justice et liberté