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Archive journalière du 5 déc 2011

Protestation : Théâtre du Rond-Point à Paris

Lorsque le premier roman de Marie Darrieussecq, Truismes (1), a été publié, le battage médiatique qui a entouré sa sortie en librairie m’a incitée à le lire. J’ai trouvé que l’écriture relâchée du roman trahissait du laisser-aller, que la pensée de l’auteur était veule, et j’ai éprouvé un scepticisme ironique devant son succès. Avec philosophie, j’ai fait passer Darrieussecq aux oubliettes des écrivains sans intérêt. Je ne me suis pas sentie concernée.

Lorsque l’enquête que j’ai menée sur mes jeunes cambrioleurs m’a permis de remonter jusqu’à la source Darrieussecq, j’ai épluché sa bibliographie et retenu les titres que je cite dans mon article du 4 mars 2011, « Une exécution publique ». Je n’ai pas jugé utile de relire Truismes que je connaissais, même si j’en gardais un souvenir vague. Ce roman médiocre ne me concernait pas.

Mais lorsqu’à la mi-novembre, dans un couloir du métro parisien, mon regard s’est arrêté sur l’affiche du spectacle d’Alfredo Arias, Truismes, au théâtre du Rond-Point (2), j’ai aussitôt reconnu la paire de lunettes de soleil, et là, j’ai vu rouge : la clique de Darrieussecq n’allait tout de même pas me mettre sur le dos les vomissures pestilentielles de ce torchon réactionnaire !

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L'affiche du spectacle Truismes d'Alfredo Arias.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire des lunettes de soleil date des fameuses « Vendanges dans le Beaujolais ». Je n’en parle pas dans le récit que j’ai inséré dans mon article du 13 décembre 2010 : « Emploi : le droit au travail existe-t-il encore en France ?». Mais elle tient une bonne place dans la fameuse plainte classée sans suite contre M.S., ma jeune blogueuse innocentée (3). Une vignette publiée sur son blog proposait un portrait d’elle-même affublée d’un ensemble d’attributs qui faisaient tous référence à des épisodes de ces vendanges (les lunettes que je portais, les bottes d’une vendangeuse, la carotte…) et impliquaient qu’elle avait accès à des informations tout à fait anormales sur ma vie privée, puisque ces éléments n’apparaissaient pas dans mon propre récit. Le prénom « Bella » semble être celui du poulpe de la pièce de théâtre de Darrieussecq, Le Musée de la mer (voir la fiche de lecture insérée dans l’article du 4 mars 2011).

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Bella, croquis de M.S.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne relirai pas Truismes pour vérifier ou contredire une quelconque ressemblance avec moi-même : je refuse de me sentir concernée par ce torche-cul. Mais je suis très sensible à la volonté de nuire et de calomnier de ce petit groupe d’intellectuels méprisables qui se prennent pour des visionnaires et sont prêts à manipuler la vérité afin de conforter leurs théories : j’ai déjà expliqué leurs méthodes dans mon article « Psychanalyse sauvage » du 5 avril 2011. Leur outrecuidance à prétendre savoir mieux que les autres, et à leur place, ce qu’ils sont n’entamera pas ma détermination à revendiquer ma liberté de pensée. Je ne peux que les renvoyer à ce que dit George Orwell de la littérature elle-même, et dont ils devraient tenir compte avec un peu plus d’attention : « … la littérature est condamnée si la liberté de pensée disparaît. Non seulement elle est condamnée dans tout pays dirigé selon les méthodes totalitaires, mais tout écrivain qui acquiert la mentalité totalitaire, qui trouve des justifications à la persécution et à la falsification de la réalité, signe son arrêt de mort en tant qu’écrivain » (5).

Les plaintes classées sans suite signifient surtout que je reste en butte aux attaques de mes adversaires sans possibilité de défense légale. Le lynchage collectif est autorisé, les discours hypocrites cachent manipulations et insultes assassines, propagande et crachats. Le Docteur ès Lettres que je suis a du mal à ne pas entendre dans le titre du dernier roman de Darrieussecq, Clèves (6), le mot-valise, anglicisme passé dans la formation de la langue française, « Claire, crève ! » Et la référence implicite au combat universitaire contre le mépris de notre président de la république pour le roman de Madame de Lafayette (7), loin d’éteindre mes soupçons, ne fait que raviver ma colère : Darrieussecq, farouche adversaire de Monsieur Sarkozy ?! Mais les policiers qui protègent mes jeunes cambrioleurs sont ceux de Monsieur Sarkozy, le procureur qui classe toutes mes plaintes sans suite répond de ses actes à Monsieur Sarkozy… La clique de Darrieussecq, c’est d’abord et avant tout la valse des Faux Culs.

Mercredi 30 novembre et jeudi 1er décembre 2011, je suis allée protester devant le Théâtre du Rond-Point, à Paris, où se donne le spectacle d’Alfredo Arias, Truismes, et où jouait en même temps, dans une autre salle, Nicolas Bouchaud, un comédien dont j’ai gardé un sinistre souvenir après avoir été humiliée au cours d’un spectacle dans lequel il se produisait, à Amiens (voir l’article « Psychanalyse sauvage » du 5 avril 2011).

Retardée par les aléas d’un trajet en stop, je ne suis pas arrivée à temps à Paris pour distribuer mes « petits papiers » à l’entrée du spectacle : j’ai fait la sortie. Et j’ai décidé de revenir le lendemain. Lorsque je me suis présentée vers vingt heures devant le théâtre du Rond-Point, j’étais attendue. Un jeune homme distribuait des tracts pour un spectacle, et à mon arrivée, il a appelé un comparse à la rescousse. Surtout, un jeune « Sans-logis » allait et venait devant les portes et m’a très vite agressée. Il a contesté les « appels au meurtre » contre lesquels je protestais : de toute évidence, ce dont il me menaçait, c’était plutôt d’être « jetée à la rue », mais j’ai du mal à faire la différence entre « clochardisation » et « mort symbolique ». Lorsque j’ai résisté, il m’a insultée avec une brutalité et une vulgarité qui ne m’ont cependant pas beaucoup blessée : je les ai trouvées surtout humiliantes pour le théâtre du Rond-Point qui était en train de sombrer dans la boue. Je me suis débarrassée assez vite de cet hurluberlu en lui reprochant… d’être un mauvais comédien ! Et c’est bien ce qu’il était : je ne l’ai plus entendu.

En discutant avec des spectateurs, j’avais appris que Monsieur Alfredo Arias avait eu la veille un malaise quelques minutes avant le spectacle. Savait-il donc que j’arrivais ? Après plus de deux ans d’enquête, j’ai déjà vécu l’étourdissement de ces messieurs à l’annonce de ma venue : les mauvaises consciences se trahissent parfois.

Je ne descends pas au Carlton lorsque je passe la nuit à Paris. Je me promène dans la capitale et je me réfugie, au cœur de la nuit, aux heures les plus noires, dans un cybercafé ouvert 24 heures sur 24. Je connais la dureté des petits matins, lorsqu’il fait soudain froid et que la fatigue vous tombe sur les épaules. Et j’ai vu les alignées de « Sans-logis » qui se réfugient à cinq heures dans certaines stations de métro, ouvertes avant l’heure de la première rame, pour se réchauffer et voler quelques bribes de sommeil avant la venue du jour. Les menaces de « clochardisation » qui se répètent depuis cet été ne m’inspirent que de la tristesse : elles n’avilissent, une fois encore, que ceux qui les profèrent.

J’ai passé quarante heures sans dormir. Et le jeudi, pour ne pas perdre ma journée, j’ai trouvé la force d’aller travailler cinq heures en bibliothèque afin de poursuivre mon enquête. Je n’ai pas perdu mes deux journées de protestation :

« Libérez Claire Seguin ! »

Notes :

1. Marie Darrieussecq, Truismes, Editions P.O.L., 1996.

2. Truismes, d’après Marie Darrieussecq, adaptation d’Alfredo Arias, Gonzalo Demaria et Marie Darrieussecq; mise en scène et interprétation Alfredo Arias; théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin-Roosevelt, Paris 8e. Du 08/11/2011 au 04/12/2011. Prolongations au Centquatre, du 20 au 22 janvier 2012.

3. Hélas, on y revient toujours.

4. Marie Darrieussecq, Le Musée de la mer, Editions P.O.L., 2009.

5. George Orwell, « Où meurt la littérature » (1946), in Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949), Editions Ivrea & Editions de l’Encyclopédie des Nuisances, Paris, 2005 pour la traduction française; traduit de l’anglais par Anne Krief, Bernard Pecheur et Jaime Semprun; p. 133.

6. Marie Darrieussecq, Clèves, Editions P.O.L., 2011. Le roman traite des amours adolescentes de l’écrivain, qui décrit ses premières expériences sexuelles. Si le sujet m’inquiète compte tenu des calomnies dont je fais l’objet, il n’entame pas ma certitude à devoir rejeter tout parallèle entre l’auteur et moi-même, puisque de sexualité adolescente, pendant mes années de lycée, et a fortiori mes années de collège, pour ma part, je n’en ai jamais eu aucune. En tout et pour tout, j’ai embrassé une fois un garçon lors d’un voyage scolaire, l’année de ma seconde. Il n’y a pas de quoi écrire un roman.

7. Madame de Lafayette (Paris, 1634-1693), La Princesse de Clèves, 1678. Candidat à l’élection présidentielle, Monsieur Nicolas Sarkozy avait ironisé sur la présence de l’œuvre au programme de l’oral du concours d’attaché d’administration. La droite, puis les milieux universitaires, avaient protesté. En 2010, La Princesse de Clèves était au programme des concours de l’Ecole Normale Supérieure d’Ulm et de Fontenay-Saint-Cloud.

Complément d’information : Comment pensent les réactionnaires.

Mercredi 21 décembre 2011, le journal Aujourd’hui en France, journal populaire mais qui ne brille pas par son positionnement gauchiste, publiait comme le Figaro du même jour, en première page, le même portrait d’Audrey Tautou (voir le Complément d’information de l’article du 19 décembre 2011, « Protestation : Lettre ouverte à Martine Aubry… »). A l’intérieur, un article sur les trentenaires qui forment l’équipe électorale de Monsieur Sarkozy a retenu mon attention pour des raisons stylistiques. Il est en effet noté que ces jeunes gens, tous sortis des plus grandes écoles et déjà dotés de situations professionnelles enviables, « ont faim » et qu’ « ils savent qu’ils ne seront pas la génération sacrifiée » (voir article ci-dessous).

La métaphore de la faim paraît indécente compte tenu du contexte sociologique dans lequel évoluent ces jeunes têtes politiques, mais elle est caractéristique du mode de pensée réactionnaire. Elle m’a rappelé, non sans amertume, les insultes dont m’avait accablée, le jeudi 1er décembre 2011, devant le Théâtre du Rond-Point, le jeune comédien grimé en « Sans logis » qui prétendait me faire « porter ses sacs » si je « menaçais ses enfants ». Je lui avais répondu, indignée, que je ne menaçais personne : je demandais juste à ce qu’on me laisse vivre en paix.

La justification réactionnaire du vol (vol des biens, vol d’une vie) est toujours étayée par « la faim des enfants ». Le film de Patrice Leconte, Ridicule (1996), dont on m’a aussi rebattu les oreilles, en propose en exemple remarquable lorsque le héros, à peine arrivé à Versailles, est délesté de son argent et de son cheval par un voleur de grand chemin qui lui dit : « Dieu seul peut nous juger » et ajoute : « Dieu pardonne aux voleurs quand leurs enfants ont faim » (minute 8, seconde 16)(1). On notera enfin que la « génération sacrifiée » est la mienne, et que ces jeunes trentenaires, qui ont donc dix à quinze ans de moins que moi, ont aussi, par voie de conséquence, des parents âgés de dix à quinze ans de plus que moi, c’est-à-dire nés vers 1950(2).

1. Sur le film Ridicule, voir le début de la liste des plaintes, et le fichier « L’origine des calomnies » inséré dans l’article du 26 novembre 2010, « A l’ombre tutélaire de l’avantageux ministre, Monsieur Xavier Darcos ».

2. Sur la question générationnelle, voir l’article du 2 septembre 2011, « J’ai mal aux dents ». NB : J’ai toujours mal aux dents.

Aujourd’hui en France 21 décembre 2011




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