• Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 16 octobre 2011

Archive journalière du 16 oct 2011

Ma boule de cristal

Sudoku

L’argent est le nerf de la guerre. Lorsque je suis partie au Canada, en juillet 2009, mon budget était serré mais tenable. Je m’étais renseignée et ce que j’ai découvert sur place ne m’a pas décoiffée : mes prévisions étaient raisonnables. Encore fallait-il pouvoir se loger à pas très cher. Une première tentative de logement chez l’habitant s’est révélée désastreuse. La jeune femme qui m’hébergeait, et son petit ami, ont travaillé à ma perte avec férocité. Lorsque j’ai quitté l’appartement en urgence, la campagne de diffamation était à son comble. Choquée, après moult péripéties, j’ai fini par opter pour un motel bon marché perdu au milieu des terrains vagues qui entouraient l’aéroport. Mais les frais de logement comme d’alimentation, puisque je n’avais plus accès à une cuisine où préparer mes repas, ont fait voler en éclat mon budget. Je suis rentrée en France avec des dettes : j’avais tiré sur un crédit à la consommation qui m’a sauvée du naufrage, mais auquel j’aurais préféré ne pas avoir recours.

Lorsque j’ai fait mes comptes à Lille, il ne me restait plus qu’une seule solution : vendre au plus vite mon appartement personnel que j’avais mis en location pour partir.

Les agences immobilières 

Le premier combat que j’ai livré à mon retour de Toronto m’a opposée à l’agence immobilière à laquelle j’avais confié la location de mon appartement, en octobre 2008.

Dès les premiers mois de gestion, les relations s’étaient tendues. L’agence, par exemple, me réclamait des devis pour de petits travaux alors que c’était à elle de le faire, puis renouvelait sa demande jusqu’à l’incohérence, bien que je me sois déplacée plusieurs fois pour en parler. Dans les comptes, des erreurs répétées, et certes corrigées, avaient organisé la confusion. Tandis que j’étais au Canada, une employée à laquelle j’avais téléphoné pour m’informer sur les versements qui seraient faits sur mon compte s’était montrée ironique et insultante.

A mon retour, j’ai eu beaucoup de difficultés à obtenir un rendez-vous, des réponses précises à mes questions, les papiers du syndic dont j’avais besoin. J’ai été obligée de me mettre en colère. Et il a fallu plusieurs mois pour parvenir à reprendre moi-même la gestion de l’appartement.

Dans le même temps, j’ai essayé de confier la vente de mon appartement à d’autres agences immobilières, puisque je ne voulais plus entendre parler de celle-ci. J’avais acheté mon appartement de trois pièces, pour moitié à crédit, grâce à un apport que j’avais réalisé en vendant un petit appartement hérité de ma mère. La mise en vente de l’appartement dans plusieurs agences m’avait pris un après-midi. Trois mois plus tard, l’appartement était vendu dans de très bonnes conditions. Pour mettre en vente l’appartement de Lille dans quatre agences, il m’a fallu plus de trois mois…! Il y avait toujours des photos à prendre, des papiers à contrôler, à faire refaire, à rapporter, etc. Et une fois le mandat de vente signé, aucune des quatre agences n’a jamais fait visiter l’appartement. Pas une seule visite.

Ces messieurs-dames jouaient la montre. J’ai perdu plus de six mois.

La locataire

La locataire, après bien des tergiversations, car elle était très « pauvre », m’a fait savoir que son papa serait intéressé par l’achat, et prêt à acquérir le logement pour sa fille. En revanche, elle ne voulait pas quitter l’appartement, ce qui se conçoit.

Vendre à la locataire était une solution de facilité à laquelle j’étais prête à souscrire, quitte à perdre sur la vente. J’étais pressée. Malgré des relations peu cordiales, j’ai bien voulu entreprendre la négociation, non pas avec la locataire qui s’y refusait, mais avec son père. La façon dont ils s’y sont pris a dépassé mon entendement. La locataire m’a annoncé l’envoi de deux lettres : une première qui était erronée et qu’il ne fallait pas prendre en compte (mais qui était donc postée puisqu’elle n’était pas rattrapable) et une seconde qui me permettrait de négocier avec le monsieur. Je n’ai rien reçu. Lorsque j’ai demandé des explications, elles ont été incohérentes. Une semaine plus tard, le notaire a fait une proposition quasi-insultante et qui spécifiait que l’acheteur était… la fille. Ils m’ont tant menti, roulée dans la farine, humiliée, que j’ai fini par leur faire savoir que pour eux le prix serait celui du marché : à prendre ou à laisser.

Renseignements pris sur ces étranges personnages, il s’est avéré que la dame avait fait un mariage malheureux, et se trouvait à présent séparée de son époux, mais que la famille vivait dans l’aisance. Le père et le frère ont des entreprises — et au moins une SCI, une Société civile immobilière. Lorsque je me suis occupée moi-même de la vente, ils ont organisé pendant des mois de fausses visites. J’ai fait connaissance de toutes leurs relations. Ils se faisaient parfois de petits signes dans mon dos en s’imaginant que je ne les voyais pas. Je n’ai pas renouvelé le bail, ils n’ont pas dû être surpris. Les deux derniers mois, la dame n’a pas payé son loyer. Lorsque j’ai abordé le sujet à la fin de l’état des lieux, le père, qui accompagnait sa fille, m’a répondu : « Quand une propriétaire  a une réputation sulfureuse, on ne lui paye pas son loyer ». Et il a ajouté : « C’est ça, le business »! En guise d’explications sur ma réputation, il m’a enfin servi un chapelet d’insultes à caractère misogyne.

Je ne suis pas éblouie par leur talent de businessmen. Je n’ai pas de regrets non plus. Je suppose que lorsqu’une propriétaire a une « réputation sulfureuse », ces gens-là ne lui payent pas non plus l’appartement qu’ils lui achètent — ou du moins pas en intégralité. Ils ont surtout de belles relations dans le Nord. Que puis-je faire ? Pour l’instant, j’ai envoyé la facture, avec copie à la Banque de France. Je reverrai sûrement la dame, elle est restée dans la résidence. Elle m’a dit qu’elle avait pris en location un autre appartement. Elle me laisse quand même une ardoise de 1684.07 €.

Le syndic

Lorsque j’ai mis mon appartement en vente à l’automne 2009, les charges étaient payées et elles ont continué à l’être jusqu’à la fin du premier trimestre 2010. J’avais anticipé les problèmes à venir car je savais que mon allocation chômage prenait fin le 20 avril suivant. Je me suis retrouvée avec une ASS, une Allocation Spécifique de Solidarité, d’environ 13 € par jour, soit à peu près 400 € par mois. J’avais toujours le crédit à payer, que je payais avec le loyer que je touchais sur la location. La banque me prélevait tous les mois les remboursements du crédit à la consommation que j’avais ramené en souvenir du Canada. Je n’ai plus été en mesure de payer les charges de l’appartement au syndic de l’immeuble.

La fin du printemps et l’été 2010 correspondent à la période où j’ai reporté toute mon énergie sur la recherche d’un emploi alimentaire. Sans plus aucune ambition, j’ai cherché à concilier l’utile à l’utile. C’est ainsi que j’ai découvert que Pôle Emploi lui-même faisait obstacle à ma recherche d’emploi. Cela s’est terminé par un court périple, pathétique, en Allemagne, où je ne voulais pas m’installer mais où j’espérais déjouer la surveillance policière. En vain. Cela s’est conclu par l’épisode des vendanges dans le Beaujolais, dont j’ai beaucoup parlé, que j’avais cru obtenir en prenant de vitesse mes adversaires, alors que c’étaient eux qui me piégeaient. Naïveté.

A l’automne, le 7 octobre 2010 très exactement, j’ai donc rencontré l’employée du syndic pour discuter de mes dettes. Elle m’a conseillé d’entreprendre au plus vite un dossier de surendettement auprès de la Banque de France, procédure dont elle m’a expliqué les grandes lignes. Ce que j’ai fait aussitôt, étant donné que j’ai découvert que je pouvais ainsi obtenir un délai d’un an, vis-à-vis de mes créanciers, qui me permettrait de gagner du temps pour vendre mon appartement. Hélas, le dossier lancé dès le 7 octobre 2010 a été long et compliqué. Sa recevabilité a été enfin accordée le 12 mai 2011, après être passé en recours au Tribunal d’Instance de Lille. Mais j’ai alors découvert avec colère que le syndic m’avait envoyé un avocat, avec un stagiaire (on n’est jamais trop de deux), pour contester la demande de dossier de surendettement qu’ils m’avaient eux-mêmes incitée à présenter. Sympathique !

Depuis, c’est la guerre ! Au mépris de la Loi Lagarde qui m’interdit de payer mes dettes antérieures à la date du 12 mai 2011, date de recevabilité du dossier, et pendant un an, le syndic continue de m’adresser des Mises en demeure de payer, qui me sont facturées à un prix prohibitif. J’ai déjà plus de mille euros de frais comptés par la copropriété. Le syndic a aussi fait voter par l’Assemblée générale la mise en vente judiciaire de l’appartement. Ces derniers temps, lorsque je les ai rencontrés, les employés du cabinet de syndic m’ont accusée de ne pas vouloir vendre mon appartement, ce que j’ai trouvé un peu fort de café ! Le 7 octobre 2010, toujours lors de ce fameux rendez-vous initial, j’avais proposé la vente de l’appartement au cabinet, qui s’occupe aussi de transactions immobilières. Ils n’ont jamais donné suite.

La Banque de France

Le dossier de la Banque de France, cinq mois après sa recevabilité, n’a connu aucune suite concrète. Un projet de plan conventionnel amiable de redressement, proposant un plan de réaménagement de mes dettes, n’a pas abouti, et le dossier serait en position d’être abandonné au motif : « Créancier : Refus de la proposition du secrétariat – Créancier : Absence de réponse ». Aucune autre information n’est fournie. Mais l’ensemble signifie une chose bien palpable : toute la paperasserie est à refaire si je veux faire valoir mes droits. 

Ce dernier courrier, que je suis allée chercher samedi à la poste, n’a fait qu’alourdir le poids des déceptions déjà éprouvées vis-à-vis de la Banque de France. Si j’étais consciente de l’hostilité de la grande maison, je n’aurais jamais cru à des coups bas de sa part. Je garde encore des leçons de mon enfance des confiances mal placées qui témoignent d’un fonds de naïveté non encore épuisé. Dans l’été, ses représentants m’ont fourni un décompte des échelonnements de paiement erroné, ce dont je ne me suis pas tout de suite aperçue. Les loyers du logement que j’occupe avaient été comptés deux fois, répartis sur deux SCI différentes par mon propriétaire… et ne faisaient pas partie des sommes que j’avais à payer dans l’immédiat. La Banque de France ne m’avait pas non plus avertie que mes déclarations étaient contestées par le propriétaire du taudis où je vis depuis trois ans, assignée à résidence à Lille contre mon gré.

La Banque de France s’est indignée que j’insiste pour savoir quels étaient les loyers que mon propriétaire avait déclarés impayés. Deux courriers avec avis de réception, postés depuis le 6 août 2011, sont restés sans réponse. Au téléphone, la personne chargée de mon dossier m’a refusé un entretien d’explications auquel j’avais droit. Il paraît que la Banque de France ne m’accuse de rien. Mais mon propriétaire, lui, lance des accusations de malhonnêteté, en public, avec insultes à la clef, au point que j’ai porté plainte dès le 6 août 2011, lorsque j’ai écrit aussi… à la Banque de France.

Le propriétaire

Voilà un homme qui, pour la moitié de la facture que m’a laissée ma propre locataire, pousse des cris de putois — et a trouvé un moyen inélégant mais rentable de se dédommager. Et pourtant, si certains de mes loyers n’ont pas été payés, c’est parce que je me trouve dans la détresse, pas parce que je suis une fille de patron qui s’estime tout permis.

L’aventure m’a cependant donné l’occasion de découvrir une seconde SCI appartenant au Monsieur. Depuis que j’enquête sur mes adversaires, je me suis familiarisée avec l’idée qu’ils en ont tous au moins une, au point que c’est devenu un réflexe que d’aller vérifier l’état de leurs petites entreprises sur Infogreffe. La plupart d’ailleurs n’en ont pas une, mais deux, voire plusieurs. En général, une petite SCI au capital de 1200 € (par exemple) gère ce qu’ils appellent sur un ton bénévole « un petit logement que nous avions acheté pour nos enfants étudiants, aujourd’hui adultes », façon de se la jouer bon père de famille devant les naïfs qui n’y connaissent rien, et n’y auraient jamais rien compris s’ils ne s’étaient pas trouvés, comme moi, dans l’obligation d’apprendre le métier d’une Inspectrice Clouzot à la place du commissaire. Une seconde SCI répertorie leur capital, ou au moins une partie conséquente de leur capital (par exemple : 921 600 €), en y associant le nom de tous leurs enfants — façon de préparer la succession. On peut parfois en découvrir d’autres, aux fonctions peut-être plus temporaires. Dans une famille, j’en ai ainsi découvert quatre dont deux sous ce qui semble bien être des prête-noms.

Certains pourraient me faire remarquer que cela ne me regarde pas. Et en effet, la façon dont ces messieurs-dames placent leur argent ne me regarde pas. D’ailleurs ce n’était pas, à l’origine, ce que je cherchais. Je suis tombée sur la bagatelle « par hasard », si tant est que l’on puisse parler de hasard : cela relève de cette logique propre à toute enquête à laquelle je fais référence dans mon article « Faites l’autruche ! » du 9 octobre 2011. En revanche, j’ai été assez longtemps naïve, et d’une naïveté si sincère que mes adversaires n’ont pas manqué d’exploiter le filon, pour ne pas me priver aujourd’hui, confrontée au désastre, de jeter un œil  sur le mode de vie de mes concitoyens. De façon analogue, et même si ma philosophie est à cent lieues de vouloir chercher des poux dans la tête de ceux que je côtoie, j’entends ne pas me laisser clouer le bec lorsque j’entends ceux-ci vouloir me donner des leçons de socialisme et de vertu.

Dès l’âge de dix-huit ans, j’ai appris à me débrouiller avec l’argent que me donnaient mes parents. Je sais que les pratiques varient d’une famille à l’autre. Mes parents me donnaient une somme mensuelle, pas bien lourde, avec laquelle je faisais face à mes obligations. Je n’ai jamais eu un centime de dettes, et pourtant certaines années, j’ai vécu dans une pauvreté qui confinait à la misère.  Je n’ai jamais eu non plus de démêlés avec les administrations, ni avec la sécurité sociale, ni avec les impôts. Et soudain, à plus de quarante ans, avec plus de vingt ans d’expérience, je deviens incapable, soi-disant, de tenir un budget, de faire mes comptes, de lire un document. Certes, je ne suis pas infaillible. Mais lorsque je vais vite, c’est parce que, en toute vérité, je n’en peux plus :  après plusieurs années de harcèlement administratif je ne peux plus aujourd’hui remplir un dossier sans pleurer. Enfin les erreurs que je trouve dans  mes dossiers ne relèvent pas de la marge d’erreurs acceptable, liée à la mise au point de tout dossier administratif. Ce sont de toute évidence des malveillances.

Je n’ai pas du tout apprécié non plus le refus de mon propriétaire de me signifier quels étaient les loyers impayés déclarés à la Banque de France lorsque je l’ai revu récemment. Au milieu d’un flot de mensonges éhontés destinés à contester une plainte que j’ai déposée aussi pour logement indécent, celui-ci s’indigne que j’aie pu toucher une allocation logement sans payer mon loyer. L’information qu’on me refuse, lui y a accès sans restriction, y compris à la Banque de France, et ne se prive pas d’en abuser.  Quand elle passe par sa bouche, on comprend très vite que l’information est une arme.

La banque 

La banque est le dernier élément du peloton chargé de mener à bien cette « exécution publique » préméditée de longue date et proposée à la population lilloise comme un divertissement de choix. C’est la couleur locale : panem et circenses, du pain et des jeux !

En dépit de la Loi Lagarde qui m’interdit, pendant un an, de payer mes dettes antérieures à la recevabilité de mon dossier de surendettement auprès de la Banque de France, ma banque a continué à prélever, en toute illégalité, les mensualités de mon crédit à la consommation pendant trois mois. Pourtant l’information avait été transmise, documents à l’appui, par moi-même. Mais mon conseiller bancaire a éprouvé les plus grandes difficultés à en comprendre le sens. D’autre part, après deux ou trois entretiens, il s’est déclaré incompétent pour en appliquer les modalités. Lorsqu’à bout de patience, je me suis montrée insistante, il semblerait que la loi ait été appliquée, mais je n’en ai pas été avertie et j’ai reçu un courrier qui me spécifiait le contraire. Une demande d’explications, avec avis de réception, est restée sans réponse. Pour être informée, je suis censée consulter tous les matins ma boule de cristal. Poser une franche question à un employé de banque semble très démodé dans le monde du business. Tout est question d’adaptabilité. Par exemple, les prélèvements suspendus sont toujours débités, puis recrédités — une bagatelle, mais pendant cinq à huit jours à l’avance, l’argent est bloqué sur le compte, et il n’est parfois recrédité que trois ou quatre jours plus tard…

Quelques lecteurs bon enfant ont peut-être du mal à comprendre où je veux en venir : ce n’est pourtant pas très compliqué. La recevabilité de mon dossier à la Banque de France m’accordait un an à compter du 12 mai 2011. Pendant cette année, la Loi Lagarde me protège de mes créanciers. Mes revenus doivent me permettre de faire face à mes obligations, et je suis tenue en premier lieu, de payer mon loyer. Un plan d’échelonnement des paiements est signé. Et moi, libérée du harcèlement de mes créanciers et de la menace des huissiers, je peux consacrer toute mon énergie à la vente de mon appartement et à la recherche d’un emploi. 

Dans les faits rien ne s’est déroulé avec cette simplicité. Le plan d’échelonnement des paiements n’a jamais abouti. D’autre part, ayant résilié le bail de ma locataire, celle-ci quittait son logement fin septembre, date à partir de laquelle je ne perçois plus de loyer. En réalité, je n’avais que trois mois, de juillet à fin septembre, pour trouver une solution. Or pendant ces trois mois, et même si le crédit immobilier a bien été suspendu, ma locataire, elle, a arrêté de me payer son loyer tandis que la banque, au mépris de la Loi Lagarde, a continué de me prélever la mensualité de mon crédit à la consommation. J’ai passé ces trois mois  qui auraient dû être libérateurs à haleter sans argent, harcelée par les accusations de mon propriétaire et malmenée par tout un groupe de jeunes gens qui ont organisé autour de moi de véritables agressions, verbales et même physiques, de manière répétée, au point que j’ai dû aussi porter plainte dès le 22 juillet 2011. J’ai eu le sentiment de vivre une véritable mise à mort collective, méditée, concertée, calculée par la petite bourgeoisie locale. 

Il faut reconnaître que j’ai commis une grave erreur en juillet. C’est le dernier mois où j’ai touché un loyer de ma locataire, et bien que la mensualité de mon crédit à la consommation ait été prélevée en toute illégalité, j’ai réussi à épargner 220 €. Las ! Au lieu de m’enfuir avec le pactole, ou de le dépenser en colifichets tapageurs qui auraient nui à mon honneur, pour le plus grand délice de mes adversaires…, j’ai versé la somme à mon propriétaire, par prudence, puisque le paiement du loyer représentait une priorité. J’ai annoncé la couleur : j’avais l’intention de respecter la règle du jeu proposée par la Banque de France. Par malheur, cette couleur n’était pas en harmonie avec le coloris nordiste, ni avec les projets fomentés à mon égard. Je pense que mes chances de survie, dans l’état actuel des choses, sont quasi-nulles. Les lecteurs qui oseraient penser que je me laisse emporter par les exagérations se trompent. Pour raconter mes soucis d’argent, j’ai fait sobre et dépouillé, en accord avec la tonalité générale de ce blog, où la propension à l’euphémisme domine. Le récit des détails sordides qui pimentent mon quotidien ferait tourner la tête à plus d’un.

Depuis quelques jours, je ne sais pas ce que j’ai. Je me suis mise à redouter le facteur et je lis mon courrier les yeux exorbités. Des pensées sauvages à l’encontre de mon propriétaire me submergent lorsque je me cogne la tête au plafond de ma soupente. J’ai peur que mes dettes connaissent tout à coup une croissance exponentielle… A mon avis, je manque d’humour.

J’y pense. Je ne possède pas non plus de boule de cristal. Où se fournit-on ce genre d’objet ? Est-ce que cela coûte cher ? Et y a-t-il un mode d’emploi dans la boîte ?

Anti-boule-de-cristal

« …Reusement »(1), je connais un remède anti-boule-de-cristal : la pratique du Sudoku. La pratique du Sudoku ne demande pas une intelligence foudroyante : il suffit de savoir compter jusqu’à neuf. En revanche, certaines grilles sont compliquées, et l’amateur qui souhaite venir à bout de son casse-tête sans erreur est obligé de chasser toute idée parasite pour se concentrer sur ses chiffres. Dénué d’affects, le Sudoku est avant tout un exercice de concentration qui remet les idées en place à ceux qui ont les nerfs en pelote. Je le pratique moi-même comme une ascèse. J’ai appris avec lui à faire le vide, à dominer mes sentiments lorsque je me sentais débordée par des affects négatifs, à remettre en acte un mode de pensée rationnel lorsque le harcèlement répété venait bousculer la logique de ma lecture du monde. 

N’en déplaise à ma jeune blogueuse immaculée, M.S., à laquelle mon activité ludique donne des palpitations (2), je revendique la pratique du Sudoku comme une procédure d’émancipation, un moyen d’affranchissement, à opposer aux forces néfastes qui voudraient m’asservir en essayant de me rendre maboule. Avec un livret de Sudoku entre les mains, le calme peu à peu se fait en moi. J’achète mes brochures en kiosque. Aucun esprit malin n’a falsifié mes chiffres dans l’espoir d’installer la confusion dans mes grilles. Et je mène l’aventure avec la curiosité intellectuelle d’un scientifique qui tente une expérience cognitive, bien plus que celle d’un mathématicien cherchant à résoudre une équation à plusieurs inconnues. Comme ce terme enfantin dont le petit Michel Leiris découvre soudain le sens, et dont l’écrivain a fait le titre du premier chapitre de son autobiographie, La Règle du jeu, ma pratique du Sudoku, entreprise avec un esprit de méthode expérimental après la lecture d’un petit ouvrage de Jean Piaget (3), s’est inscrite peu à peu dans une logique plus générale et plus socialisée où l’exploration des mystères de l’intelligence a évolué en passant d’une appréhension individuelle à une compréhension plus collective et plus humanisée. 

« …Reusement » s’exclame l’enfant au milieu de ses jeux alors qu’il vient de faire tomber un soldat sans que la figurine se casse. Et une voix avertie explique au gamin interloqué que « L’on ne dit pas « …reusement », mais « heureusement » » l’initiant accessoirement au langage en le faisant glisser d’une perception individuelle à un sens partagé : « Ce mot, employé par moi jusqu’alors sans nulle conscience de son sens réel, comme une interjection pure, se rattache à « heureux » et, par la vertu magique d’un pareil rapprochement, il se trouve inséré soudain dans toute une séquence de significations précises. Appréhender d’un coup dans son intégrité ce mot qu’auparavant j’avais toujours écorché prend une allure de découverte, comme le déchirement brusque d’un voile ou l’éclatement de quelque vérité. Voici que ce vague vocable — qui jusqu’à présent m’avait été tout à fait personnel et restait comme fermé — est, par un hasard, promu au rôle de chaînon de tout un cycle sémantique. Il n’est plus maintenant une chose à moi : il participe de cette réalité qu’est le langage de mes frères, de ma sœur, et celui de mes parents. De chose propre à moi, il devient chose commune et ouverte. Le voilà, en un éclair, devenu chose partagée ou — si l’on veut — socialisée« (4). De la même façon, la découverte tardive d’erreurs dans mes comptes m’a initiée non pas aux règles de calcul ou de lecture des documents administratifs, mais aux méthodes d’asservissement et d’oppression d’une collectivité, et aux possibilités de parades qu’il m’a fallu rechercher au milieu de la catastrophe, qu’elles soient efficaces ou inopérantes, pour organiser ma défense et ma résistance.

Je ne conseille la pratique du Sudoku ni aux « matheux » ni aux « petits malins » : ils n’y trouveront aucune satisfaction majeure. Je conseille la pratique du Sudoku aux émotifs, et en particulier à ceux et à celles qui s’imaginent que leur tristesse est sans cause et sans remède. Le principe n’est pas compliqué : le joueur est confronté à du ternaire qu’il doit réduire en binaire pour dégager des alternatives à partir desquelles il pourra raisonner. Je viens d’aborder le niveau 9 que je suis encore en train d’explorer. Je n’ai pas appris les boucles car elles sont mal expliquées dans ma brochure (il manque les prolégomènes). Mais je prends mon temps. J’arrive au bout de ma grille. Je propose pour finir aux esprits curieux qui voudraient découvrir le jeu, ou comprendre les enjeux que j’y place, une petite grille et sa correction. Car il est bien temps de s’arrêter pour ce soir… et de laisser rouler la boule.

Ma boule de cristal pdf A vos marques !

pdf Correction

Notes :

1. Michel Leiris, ethnologue et écrivain français (1901-1990), La Règle du jeu, I, Biffures, Editions Gallimard 1948, renouvelé en 1975, coll. L’Imaginaire, p. 9.

2. Argh ! ma plainte classée sans suite contre M.S. m’est restée sur le cœur.

3. Jean Piaget, psychologue et épistémologiste suisse (1896-1980).

4. Michel Leiris, ibid. p. 12.




Le site (bêta) de Kinanda ... |
Benin News |
akdv |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | movin'
| Le Jardin d'Ethan - Ve...
| Justice et liberté