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Archive journalière du 9 oct 2011

Faites l’autruche !

Faites l'autruche   (1)

L’hiver dernier trois jeunes gens se sont noyés dans la Deûle, le canal qui traverse Lille, du côté de la citadelle. Ils ont disparu tous les trois de la même façon : à l’issue de soirées au cours desquelles ils avaient bu de l’alcool, ils sont rentrés seuls à pied, de nuit. Ils n’avaient chacun qu’un court trajet à parcourir. Ils ne sont jamais arrivés à destination. On perd leur trace dans un périmètre restreint qui va de la rue Solferino au Vieux-Lille. On a mis des jours, des semaines, à retrouver leur corps. 

Les jours qui ont suivi la disparition de John, le premier noyé, le centre ville s’est couvert d’affichettes. John n’est pas un jeune homme seul. Il a un frère et des amis qui s’inquiètent pour lui immédiatement. Ils signalent sa disparition à la population, placardent sa photographie dans les lieux publics. Ils sont mobilisés et catégoriques : leur frère, leur ami, aurait dû rentrer chez lui cette nuit-là. Il s’est passé quelque chose. John a disparu dans la nuit du 6 au 7 octobre 2010. Son corps a été repêché dans la Deûle le 11 octobre, face au jardin Vauban. 

Lorsque Thomas disparaît en février, le scénario se répète presqu’à l’identique. La famille et les amis réagissent avec la même rapidité et la même inquiétude. Le même genre d’affichettes est placardé à travers la ville, avec le portrait du jeune homme dont la similitude avec le premier disparu saute aux yeux. John et Thomas ne se ressemblent pas mais ce sont tous les deux de jeunes adultes épanouis, au visage intelligent et qui respire la joie de vivre; ils sont entourés et insérés dans la société; rien ne laissait présager un « accident ». J’ai lu l’avis de recherche de Thomas comme celui de John des dizaines de fois en collant mes propres affiches. Je n’ai jamais cru à la thèse accidentelle.

La Voix du Nord, 23/02/2011. La Voix du Nord, 23/02/2011.

Il a fallu une troisième disparition, dans la nuit du 20 au 21 février 2011, pour que des pompiers retrouvent le corps de Thomas, en plongeant dans la Deûle, le 23 février. Puis celui de Jean-Mériadec, 22 ans, étudiant, retrouvé noyé deux jours plus tard. Je n’ai pas besoin de reprendre mon couplet sur les qualités du jeune homme pour qu’on comprenne qu’il présente un profil analogue à celui des deux précédents. Pourtant les autorités vont retenir — et imposer — la thèse de l’accident pour ces deux nouveaux morts aussi. Les journaux reprennent en chœur les débats sur la sécurisation des berges ou les sermons indignés de la police à l’encontre de la surconsommation d’alcool par les jeunes. La volonté de minimiser les faits est à l’œuvre. Et l’insistance des pouvoirs publics à la hauteur du scepticisme local.

La Voix du Nord, 24/02/2011.   La Voix du Nord, 24/02/2011.

La Voix du Nord, 26/02/2011.   La Voix du Nord, 26/02/2011.

La thèse de l’accident est toujours plausible. La répétition en quelques mois de noyades de jeunes hommes sur une longueur de quai aussi réduite paraît moins défendable. On ne compte parmi les noyés ni jeune fille, ni quinquagénaire ventru. Le quartier des Bois Blancs, traversé par la Deûle, est peuplé : on n’y déplore pas de tels « accidents », et pourtant il existe là-bas aussi une vie nocturne animée… Quant à l’irresponsabilité des jeunes buveurs, elle reste à démontrer. Thomas, par exemple, s’était rendu compte qu’il avait trop bu, et pour ne pas reprendre son auto en état d’ivresse, était parti dormir chez un ami, rue Saint-André. Pour quelqu’un qui ne sait plus ce qu’il fait, il a tout de même fait preuve d’un sens des responsabilités méritoire.

La Voix du Nord, 25/02/2011.   La Voix du Nord, 25/02/2011.

Certes, j’ai eu de la compassion pour ces jeunes hommes et leurs proches dont les affichettes sont restées sur les murs bien après le drame. En effet, j’ai accordé peu de crédibilité à la thèse accidentelle défendue par les pouvoirs publics. Mais je ne me suis pas d’emblée passionnée pour le fait divers. Je suis allée lire en bibliothèque, à la fin du printemps, les articles parus dans la presse locale lorsque j’ai découvert que ma jeune blogueuse virginale, M.S., avançait l’idée dans une planche de son blog que je puisse être l’assassin. Cela fait partie des plaisanteries qui ne me font pas rire. Sa planche Giomériadec, qui relate la mort de Jean-Mériadec, est un tissu d’insinuations emboîtées les unes dans les autres, dont je ne comprends peut-être pas toujours le sens, et qui reprennent là encore, au moment même où mon nom va être cité, le « thème de la lettre » que je déplore dans mon article « J’ai mal aux dents » (Paragraphe « Impunité »), du 2 septembre 2011 (2). Tout à coup, ma colère vis-à-vis des réticences de la police à mener certaines enquêtes s’est accentuée et a pris un tour nouveau.

Extrait de la Planche Giomériadec  Extrait de la Planche Giomériadec.

Lorsque j’ai appris que le corps d’un nouveau jeune homme, Lloyd, 19 ans, disparu dans la nuit du 22 au 23 septembre 2011, avait été retrouvé dans la Deûle mardi 27 septembre 2011, j’ai blêmi. Mais lorsque j’ai découvert que la thèse de l’accident était une fois encore privilégiée, c’est à nouveau la colère qui l’a emporté. Quatre noyades ! Et combien encore cet hiver ?! Il s’agit de bien comprendre la signification de la « thèse de l’accident » soutenue par la police : le décès est déclaré « par mort accidentelle » et le dossier est classé « sans suite » auprès du parquet. Hélas je suis bien placée pour savoir que « sans suite » est synonyme de « fin d’enquête ». Je peux admettre que l’on garde en tête la possibilité d’une série malheureuse d’accidents, mais que l’enquête soit abandonnée aussi vite me paraît  inadmissible ! Et après tout, si des jeunes femmes appartenant à cette petite bourgeoisie montante dont je déplore les méfaits dans ma propre vie, méfaits qui se commettent en toute impunité, lancent des rumeurs en suggérant que je puisse être l’assassin, je suis en position moi-aussi de réclamer la poursuite de l’enquête… 

La Voix du Nord, 29/09/2011.   La Voix du Nord, 29/09/2011.

Que les choses soient claires : je n’accuse pas  les policiers de protéger un éventuel « Serial Killer ». Ce serait monstrueux. Mais j’ai très bien compris  qu’ils manquent d’indices… et j’en arrive à me demander si la dédramatisation des décès n’est pas liée à la crainte d’une enquête… Une brigade de policiers sur le pied de guerre cherchant sans indices, et par voie de conséquence tous azimuts, un assassin potentiel trouvent toujours des tas de « trucs ». L’assassin, on ne sait pas, mais des affaires qui auraient préféré voir maintenue autour d’elles la discrétion, toujours. Et il y a à Lille une petite bourgeoisie, et peut-être une plus grande, appartenant à la clientèle des potentats locaux, qui n’a pas envie qu’on mette le nez dans ses affaires.

J’ai rassemblé une série d’articles et des photographies du quotidien local La Voix du Nord, qui relate l’affaire avec précision, laisse toujours une place à la polémique éventuelle sur les conclusions de l’enquête — et est consultable en bibliothèque. Certains journaux gratuits ont été beaucoup moins nuancés lorsqu’il s’est agi d’accréditer la thèse des accidents et de défendre la version de la police. J’aurais aimé, en particulier, retrouver un entrefilet du journal 20 minutes, Édition de Lille, datant de fin-août-début-septembre 2011, qui évoquait la sécurisation des berges de la Deûle en la justifiant par la mort de « deux » jeunes hommes cet hiver. Lequel de nos trois noyés de l’hiver était donc passé aux oubliettes ? C’est pousser très loin, jusqu’au mensonge, la volonté de minimiser les faits ! La bibliothèque municipale Jean Lévy fait dépôt légal  pour les journaux gratuits locaux, m’avait-on dit aux renseignements bibliographiques. Mais lorsque j’ai demandé le journal, la bibliothécaire m’a répondu que depuis 2009 la personne qui l’apportait ne venait plus et qu’il n’était donc plus archivé. C’est dommage… Si j’avais pu récupérer une copie de cet entrefilet récent avec la date et les références du journal, je me serais fait un plaisir de le mettre en ligne et de lutter contre l’oubli organisé et la banalisation de drames encore en cours,  et qui affectent plusieurs familles. Quelques semaines plus tard, la noyade de Lloyd venait prouver que le classement « sans suite » des trois affaires n’était pas justifié.  

Série d’articles récapitulatifs de La Voix du Nord :

Faites l'autruche ! pdf Articles Voix du Nord 1

pdf Articles Voix du Nord 2

pdf Articles Voix du Nord 3

Complément d’information : Nouvelle noyade dans la nuit du 11 au 12 novembre 2011 à Lille :

Dans la nuit du 11 au 12 novembre 2011, un guitariste de 42 ans, Hervé Rybarczyk, s’est noyé dans la Deûle, à l’issue d’un concert. Le corps a été repêché le 23 novembre au port fluvial de Lille.

Voir ci-dessous les articles de presse (discrets) parus dans La Voix du Nord des jeudi 24 novembre et vendredi 25 novembre 2011.

La Voix du Nord Novembre 2011

Notes : 

 1. »Faites l’autruche ! » : le monde artistique lillois, débordant de vitalité, propose cependant depuis quelques mois des thématiques d’exposition à la portée subliminale troublante. Après l’exposition « Paranoïa », du 13/04 au 15/08/2011, à la Gare Saint-Sauveur ce printemps, l’exposition « Collector », du 05/10/2011 au 01/12/2012, s’affiche à travers la ville avec une autruche proposant une politique contestable. 

Expositions récentes à Lille.   Expositions récentes à Lille.

2. M.S., jeune artiste lilloise, étudiante à Lille III, m’a mise en cause à plusieurs reprises dans son blog Mawy’s versafutile, au point que j’ai porté plainte, plainte qui a été aussitôt classée « sans suite ». Voir la Liste des Plaintes, l’article « J’ai mal aux dents » (02/09/2011) mais aussi celui où je m’adresse à Maadiar, ami blogueur de M.S. : « Phallocrates ET misogynes » (11/04/2011).




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