Statue de la Liberté

La Liberté éclairant le monde (Liberty Enlightening the World) est un magnifique symbole d’amitié entre deux peuples. Offerte par la France pour célébrer le centenaire de la déclaration d’indépendance américaine, la statue représente aussi une forme de reconnaissance accordée par le vieux continent à ces Etats-Unis encore nouveaux, et à l’idée qu’ils défendaient pour se constituer en nation : celle de la Liberté. Ce n’est pas l’œuvre d’un seul homme mais une création collégiale à laquelle ont contribué quelques-uns des plus grands savants et artistes de la fin du XIXème siècle. L’idée a été conçue dès 1865 par le juriste Edouard de Laboulaye, professeur au Collège de France; le projet a été confié au sculpteur Frédéric Bartholdi; l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, et plus tard l’ingénieur Gustave Eiffel, ont apporté leur contribution à la réalisation du monument, qui a été enfin inauguré le 28 octobre 1886. Et depuis cent-vingt-cinq ans, le colosse de Liberty Island illumine la baie de New-York, devenu le symbole planétaire de la Liberté, mais aussi de l’émancipation vis-à-vis de toute forme d’oppression.

La Statue de la Liberté

La Statue de la Liberté

« Auparavant, l’intellect représentait la liberté, la lumière en lutte contre les ténèbres. Maintenant, les ténèbres emploient la lumière pour réaliser leurs desseins… »

John Dos Passos

« Liberté, j’écris ton nom… »

Le rêve qu’a représenté l’Amérique pour des milliers d’immigrants qui tentaient l’aventure se lovait dans la possibilité « de se libérer du passé – du passé fantôme, de cette gangrène qui est en train de tuer l’Europe d’aujourd’hui en l’infectant de haine et du besoin de tuer », écrivait John Dos Passos en 1920, peu après la Grande Guerre à laquelle il avait participé en France, pendant la dernière année, comme ambulancier (1). Sous cet angle de vue, il considérait que l’entrée des Etats-Unis dans la guerre représentait une tragédie.

Ce jeune écrivain passionné, et pourtant pessimiste dès sa jeunesse, avait été bouleversé par les mensonges dont les peuples avaient été abreuvés avant et pendant la guerre, tant de la part de la propagande officielle, que de la part de la presse : « … les mensonges sont comme un suc poisseux qui se répand sur le monde, une espèce de tue-mouches vivant, grandissant, pour attraper et engluer les ailes de toute âme humaine… » (2). Il se désolait de l’influence dévastatrice d’une presse corrompue sur ses lecteurs :  « On dirait que les gens aiment ça à la folie : être dupés. Auparavant, l’intellect représentait la liberté, la lumière en lutte contre les ténèbres. Maintenant, les ténèbres emploient la lumière pour réaliser leurs desseins… Nous sommes les esclaves de l’intelligence vendue – des esclaves volontaires » (3). Il racontait le désespoir et la rage de toute une génération qui s’était senti la dupe des puissants : « Les malins, les sans-scrupules, ont la haute main sur ceux qui sont humains et bons » (4). Il en concluait que la tâche primordiale de celui qui se bat pour la liberté est de combattre « d’abord » le mensonge : « Ah ! les mensonges, les mensonges, les mensonges dans lesquels on étouffe la vie ! Il nous faut combattre une fois de plus pour la liberté, au nom de la dignité humaine » (5).

Je suis convaincue moi-aussi que le mensonge est le pire des poisons pour une société. Mais je ne partage pas le pessimisme de John Dos Passos et je pense que c’est ce désespoir-là qui amène parfois un cœur généreux à se tromper de mode de combat comme le fait l’écrivain lorsqu’il écrit : « Désespérément, cyniquement, sans pitié, il faut que nous nous levions pour montrer enfin que nous ne sommes pas dupes, que si nous sommes des esclaves, nous ne sommes pas des esclaves de bon gré » (6). J’aurais préféré qu’il écrive : « Avec espoir et ténacité, sans aucun cynisme mais avec courage, avec humanité et respect, il faut que nous nous levions pour montrer enfin que nous ne sommes pas dupes, que si nous sommes des esclaves, nous ne sommes pas des esclaves de bon gré ».

« Et par le pouvoir d’un mot… »

Il n’y a pas de désespoir dont on ne puisse se libérer ni de situation désespérée qui ne puisse trouver de solution. Je ne reprendrai pas l’inventaire des libertés qui m’ont été confisquées, ni des droits fondamentaux qui me sont refusés, au mépris des lois et des textes constitutionnels de notre pays. Mais je m’indigne que dans une nation où une législation exemplaire accorde au citoyen les garanties et les protections fondamentales de sa personne humaine, les lois ne soient pas appliquées avec justice et de la même façon pour tous les citoyens.

Assignée à résidence à Lille, où toutes mes entreprises pour faire reconnaître les droits que m’accorde la constitution française échouent depuis des années, je lance donc un ultime appel à Monsieur le Président de la République, qui se trouve aujourd’hui à New-York, où il prononcera un discours à l’occasion de l’anniversaire des cent-vingt-cinq ans de la Statue de la Liberté :

« Monsieur le Président de la République,

Vous prononcerez à New-York, ce jeudi 22 septembre 2011, un discours à l’occasion de l’anniversaire des 125 ans de la statue de la Liberté. Je ne doute pas un instant que vous y ferez un brillant éloge de la Liberté.

De retour en France, veillerez-vous à ce que cet idéal de tous les peuples, et dont la France se veut le champion, soit respecté dans notre pays aussi ? M’accorderez-vous le droit à la Liberté que j’ai perdu ? Et combattrez-vous les mensonges qui m’empêchent de le retrouver ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma considération respectueuse.

Claire Seguin

Message adressé grâce à la messagerie du site de la Présidence de la République.

Notes :

1. John Dos Passos (1896-1970), L’initiation d’un homme : 1917 (One Man’s initiation : 1917), publié pour la première fois en 1920, par George Allen & Unwin Ltd. Publié en France en 1925 par les Editions Rieder. Consulté dans l’édition Folio/Gallimard, qui reprend la traduction de Marc Freeman, p. 173.

2. Ibid., p. 81.

3. Ibid., p. 175.

4. Ibid., p. 177.

5. Ibid., pp. 181 et 184.

6. Ibid. p. 181.

Référence est faite dans les titres de paragraphes au poème de Paul Eluard (1895-1952), « Liberté », publié dans le recueil Poésies et vérités par les Editions de Minuit en 1942.

« Liberté

… J’écris ton nom (…) / Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer / Liberté »

0 Réponses à “Statue de la Liberté”


Les commentaires sont fermés pour l'instant.



Le site (bêta) de Kinanda ... |
Benin News |
akdv |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | movin'
| Le Jardin d'Ethan - Ve...
| Justice et liberté