Du boulot !

Hier après-midi, j’ai fait la sieste. Une vraie sieste. Je m’étais levée à six heures moins le quart. De 7h30 à 8h30, j’avais distribué des « petits papiers » à la Gare Lille-Flandres. De retour chez moi frigorifiée, j’ai pris un café en lisant la presse. A neuf heures et quart, j’étais au cybercafé où j’ai fait la promotion de mon blog sur internet jusqu’à près de midi. Après le déjeuner, une sieste m’a semblé bienvenue. Cela fait six semaines que je turbine à plein pot pour relancer la promotion du blog, six-heures-minuit, dimanche compris, et depuis le week-end dernier, je présente quelques signes de fatigue. Rien de grave. Mais une sieste en après-midi, lorsque je me suis levée avant six heures, me semble parfois relever de la bonne gestion de mes forces si je veux continuer à me battre avec efficacité sur le long terme.

Après ma sieste, j’ai repris le joug et je suis retournée au cybercafé pour quelques bricoles à mettre au point, que j’avais laissées en rade à midi, épuisée, pour aller déjeuner. Le patron de la boutique m’a accueillie en poussant de hauts cris : « La sieste a-t-elle été bonne ? » (!)

« Excellente, Monsieur ! Mais comment savez-vous que j’ai fait la sieste ?! » J’ai eu beau répéter ma question deux fois, et tenter de prolonger le dialogue en prenant la défense de mon emploi du temps, je n’ai obtenu aucune réponse…

Je tiens à rappeler que je ne suis pas consentante pour participer à un divertissement collectif de type « Loft story ».

Ce monsieur, comme bien d’autres à Lille, trouve que je travaille trop. Et de mon côté, je trouve qu’à travailler autant, il serait plus judicieux de trouver une activité rémunérée. Mais le problème se pose de la même façon que pour le logement : je n’accepterai pas n’importe quoi, terrifiée par la menace d’une « clochardisation ». Pôle emploi m’a fait une proposition fin août que j’ai dû décliner : deux heures de cours de Français ou d’Histoire-Géographie à Valenciennes, au Lycée La Sagesse. La sagesse comprise par Pôle emploi n’entre pas dans les critères de sélection rationnels que j’ai imposés à ma recherche d’emploi. Je tiens à travailler pour subvenir à mes besoins, pas pour occuper mon temps libre de paria auquel le droit fondamental au travail, droit inscrit dans la charte des Droits de L’Homme, est refusé. Enfin je tiens à obtenir un emploi à la hauteur de mes qualifications et de mes talents… mais quel employeur offrirait un emploi à responsabilité à une personne dont la vie privée n’est pas respectée et dont les activités et les conversations domestiques font l’objet de commentaires diffusés dans la population en quasi-instantané ! Hier, j’ai fait la sieste. Et tout le quartier était au courant.

La seule proposition d’emploi de Pôle emploi depuis mon retour du Canada en 2009 :

Du boulot ! pdf Pôle Emploi

Du boulot, au quotidien, j’en ai par-dessus la tête, et personne à Lille n’oserait prétendre que je manque de courage à l’abattre. La « jeune fille de bonne famille » contre laquelle j’ai fini par porter plainte se lamente dans son blog : à voir le nombre de mes affichettes répandues à travers la ville, elle se demande si je n’aurais pas « des roulettes sous la semelle de mes chaussures » et fait des suppositions perfides : cette femme serait peut-être « plusieurs dans sa tête ». La complainte est la même du côté de la police. L’équipe du Brigadier L., au commissariat de Fives, se plaint de mes affiches lorsque je téléphone pour me plaindre d’atteintes à la vie privée…

pdf Droits de l'homme Affiches Septembre 2011

Dimanche soir encore, je collais des affiches à plus de minuit passé. J’ai eu la mauvaise idée, pour finir la soirée, de m’aventurer dans le Vieux Lille. Je n’ai pas tenu longtemps. J’approchais de la rue Sainte-Catherine quand deux jeunes gars au volant d’un coupé démodé m’ont apostrophée. Lorsque je me suis retournée, je les ai pris pour des banlieusards adeptes du tuning. Pour un peu, j’aurais renvoyé paître ces « malotrus ». Mais le ton avec lequel ils m’ont adressé la parole ne laissait aucun doute : il s’agissait bien de deux policiers en civil circulant dans une voiture banalisée. Ils n’ont pas aimé ma « déco » et m’ont demandé de retirer mes affiches. J’ai cherché à m’éclipser en allant jeter les deux premières dans la corbeille publique au coin de la rue. Cela ne leur a pas plu non plus. Ils sont remontés dans leur coupé tandis que je prenais une rue transversale au pas de charge. Cela s’est terminé en course poursuite. Le gars courait plus vite que moi. Ils ont jeté ma colle dans une bouche d’égout, et m’ont demandé quel était mon message. Je leur ai répondu que j’aimerais que la police fasse son travail et enquête sur mes plaintes. Nous nous sommes pris la tête. Ils m’ont confisqué mes affiches. Je leur ai rétorqué que j’en collerais d’autres, cela ne changerait rien à mon combat. Ma paire de baskets n’a toujours pas fini de faire du service. Certes, la perte n’était pas grave, mais il me restait bien une heure de boulot !

Monsieur le Président de la République, je ne demande pas mieux que d’arrêter de coller des affiches et de vous envoyer des messages qui vous déplaisent. Mais l’injustice est trop criante et fait honte à notre pays. Je me permets donc de vous lancer ce matin un nouvel appel :

Monsieur le Président de la République,

Vous avez ce matin un entretien avec Madame Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du conseil d’orientation pour l’emploi. Êtes-vous le garant du droit au travail pour tous les citoyens et quelles mesures allez-vous prendre pour préserver ce droit fondamental ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma considération respectueuse.

Claire Seguin

Message adressé grâce à la messagerie du site de la Présidence de la République.

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