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Archive journalière du 2 sept 2011

« J’ai mal aux dents »

C’est la rentrée !

Les professeurs se sont présentés ce matin, vendredi 2 septembre 2011, dans leurs établissements scolaires et les élèves prendront le chemin de l’école lundi 5. Les anciens vacanciers repeuplent les rues de Lille. La Braderie se prépare : la reprise du travail commence par une fête dans la capitale du nord. C’est la rentrée !

Que de questions et d’appréhensions avant la reprise. Pensez-vous que cette année votre patron sera informé de vos conversations domestiques ? Vos collègues auront-ils un droit de regard sur votre sexualité ? Y aura-t-il un micro sous votre oreiller ?

Après deux mois d’oubli, c’est le moment de prendre des résolutions. Votre père répondra-t-il à vos questions ? Et répondrez-vous cette année à celles de vos enfants ? Exposerez-vous vos gamins à l’inconscient délétère de l’écrivain Marie-Aude Murail, fer de lance de l’Education Nationale et de la littérature jeunesse, qui dit d’elle-même : « Je parle comme on viole » (1) ? Laisserez-vous les idées rétrogrades de la phallocratie et de la misogynie modeler leur imaginaire ? Vous avez tous lu les Droits de l’Homme ! Ceux de la Femme seront-ils différents cette année ?

La grande question de la rentrée est de savoir si le lynchage collectif sera la justice de l’année. Participerez-vous à la traque locale ou oserez-vous vous indigner ? Rappelez-vous les paroles de Willy Brandt dont Lille a fait sa devise : « Ne l’oubliez jamais : celui qui laisse se prolonger une injustice, ouvre la voie à la suivante »(2).

J’ai mal aux dents.

Leçon d’Humanité

Ma situation se dégrade encore. Les atteintes à la vie privée et aux libertés fondamentales sont insupportables et relèvent de la torture collective lorsqu’elles sont perpétrées sous les quolibets et les insultes de l’Etat comme de l’Homme de la rue. La bourgeoisie locale est en train de me « voler » mon appartement, il n’y a pas d’autre mot pour le dire, tandis qu’elle tente de me terrifier et de me réduire au silence en agitant le spectre d’une « clochardisation » : je pourrais d’ici quelques semaines tout au plus être jetée à la rue… Je suppose qu’elle espère négocier ma sujétion contre l’octroi d’un logement social minable et d’une allocation de survie, qui me maintiendraient dans une misère décente aux yeux de la population. Une femme comme moi, qui a fait plus de dix ans d’études, brillantes, et qui les a réussies, qui a enseigné ensuite pendant près de dix autres années, qui est débordante d’énergie, de vitalité et d’inventivité, peut-elle se laisser réduire à une vie misérable en échange d’un bol de soupe ? La monstruosité d’un tel projet ne rabaisse que ceux qui l’on conçu.

Le public averti, qui a accès aux informations illégales qui se transmettent entre affranchis, manifeste partout la même jouissance de participer impunément à un lynchage collectif : depuis les insultes caractérisées ou implicites, jusqu’aux questions bénignes, mais tout aussi abjectes que des attaques, sur « toutes les petites poches de mon sac à main » par exemple (!), ce public prend plaisir à s’imaginer intelligent là où il n’est que victime d’une manipulation. Mes réactions sont prévues comme une mécanique instinctive, mais ces intellectuels cyniques ont pris la précaution de préparer le terrain par une multitude de petites insinuations qui finissent par prendre sens sur la durée : je devrais faire de la politique et lire L’Humanité. Après avoir rejeté le catholicisme, je devrais me tourner vers le parti communiste, un parti dont je me suis pourtant écartée dès l’adolescence, et pour une raison simple : je suis opposée à toute forme de dictature, y compris la dictature du prolétariat. Que reste-t-il alors ? Mais la condamnation suprême… Depuis le cultureux gauchiste jusqu’au catholique bigot, en passant par la féministe et la lesbienne, si jamais celles-ci sont aussi anglicistes ou normaliennes, chacun y va de sa grille de lecture, qu’il adapte en fonction de ses propres lubies. Ils comprennent, ils commentent, ils savent. La seule chose qu’ils sont incapables de concevoir, c’est leur propre aveuglement, et leur communion collective, par delà toutes les barrières idéologiques, religieuses, politiques, dans un seul sentiment dominant : la misogynie.

Une culpabilité lancinante joue aussi son rôle dans leur acharnement. Depuis Marie-Aude Murail et sa clique, jusqu’aux derniers ennemis identifiés, et sortis du chapeau par miracle, tous ont un point commun : ils sont nés vers 1950, à deux ou trois ans près, ou sont les enfants d’adultes nés vers 1950 !  Plus âgés que moi d’une quinzaine d’années, ils sont hantés par l’idée de répétition et par la culpabilité de la génération de leurs parents. Tout au long de l’été, j’ai été confrontée à d’anciens élèves du collège Albert Samain, à Roubaix, où j’étais en poste avant ma démission. J’ai fini par m’apercevoir que ces rencontres, en apparence fortuites, étaient en fait organisées par des éducateurs qui cherchent à me convaincre que je ne peux pas condamner des professeurs après en avoir été un moi-même. Or je récuse toute culpabilité et toute circularité des « fautes ». Je ne crois ni à la répétition, ni à la fatalité, ni aux recettes psychologiques. Elles n’adviennent que si on les accepte. Et chacun peut s’en libérer s’il le désire. Quant à savoir si j’ai été ou non un bon professeur, je ne vois pas qui pourrait en juger avec justice compte tenu du harcèlement insupportable, et qui est allé jusqu’aux menaces de mort, que j’ai enduré tout le temps où j’ai enseigné… un harcèlement qui était le fait de l’administration comme du corps enseignant. Les cours en tout cas ont toujours été assurés avec le plus grand sérieux. La seule chose que je vois, c’est la monstruosité d’adultes qui sont en train d’instrumentaliser à leur profit des jeunes gens, choisis parmi les plus fragiles, qu’ils poussent aux insultes et à la haine, pour servir les intérêts de leur caste.

J’ai mal aux dents.

Impunité

L’esprit de caste est bien la dominante des adversaires que je dois affronter : le réseau, à forte composante familiale et corporatiste, est constitué d’une petite bourgeoisie montante, qui doit encore travailler dur pour gagner (très) bien sa vie, et qui frappe à la porte du club des riches. A Lille, dès que la situation financière le permet, ces besogneux s’offrent une jolie propriété dans le triangle des bermudas bourgeois situé entre Tourcoing, Mouvaux et Bondues. Ils rêvent d’enfiler le pantalon et de se targuer de la respectabilité que confère le costume. Mais pour cela il faut à ces « jeunes gens de bonne famille » et à leurs parents  l’impunité : pas de plainte à leur encontre, pas de tache au blason qui s’élabore.

Je dois reconnaître qu’ils ont le bras long. Ma dernière plainte, nominale enfin (mon enquête progresse), contre un des membres de la bande, M. S., a fait long feu. En un mois, cette plainte pour « Injure publique / Diffamation publique », comportant 19 pages dont 13 de documents établissant les faits, a été classée sans suite au motif que : « Les faits dont vous vous êtes plaint ne sont pas punis par la loi » ! Je portais plainte pour diffamation, témoignant aussi d’une connaissance anormale de ma vie privée. Cette jeune femme, lilloise, outre les insultes et les jugements diffamatoires qu’elle se permet, connaît par exemple le prénom du jeune vendangeur bourguignon dont je fais le portrait dans le texte « Vendanges dans le Beaujolais »(3), alors qu’elle prétend m’avoir rencontrée quelques jours plus tôt à Rihour lors d’une distribution de petits papiers. D’autres incidents des dites vendanges, jamais racontées, apparaissent ailleurs dans son blog.

Elle invite aussi son ami bourguignon à répondre à ma « lettre » ! Quelle lettre ? Mon texte n’est pas une « lettre »… En y regardant de plus près, je découvre que la jeune femme multiplie dans son blog, lorsqu’elle parle de moi, des insinuations sur le thème de la « Lettre », insinuations que je déplore aussi depuis des années dans mon entourage, sans obtenir de réponse à mes questions, et que j’avais déjà évoquées dans ma plainte contre mon père. Je trouve que cela fait beaucoup.

J’invite donc cette jeune femme, que je ne connais pas, avec laquelle je ne partage pas de connaissances, et que j’ai mis plusieurs semaines à identifier, à répondre elle-même à mes questions : comment me connaît-elle ? Quelles sont ses relations avec les vendangeurs du Beaujolais ? Que signifient ses insinuations sur le thème de la « Lettre » ? Tiens, de façon exceptionnelle, je lui laisse les commentaires ouverts ! Mais qu’elle soit certaine, si elle ne se manifeste pas, que je trouverai une occasion prochaine de lui poser mes questions de vive voix, et de préférence en public. Emotive comme je l’ai découverte la première fois où je l’ai abordée, elle devrait peut-être munir son sac à main d’un sucre ou d’un flacon de sels… Quoique, après tout, elle ne risque pas grand chose : l’impunité lui est acquise.

J’ai mal aux dents.

« Le symptôme final ! Le grand symptôme ! » (4)

J’ai passé l’âge de jouer à l’élève et je n’ai aucune envie de rejoindre le camp des professeurs assassins. Enfin je préfèrerais être guérie du mal de dents par un dentiste plutôt que par un croque-mort. Si je crains, à juste titre, les coups de poignard en traître, je n’ai pas peur d’avoir à rendre compte de mes actes, ni de monter au combat. Cette jeune femme ne me fera endosser aucun brassard politique. J’ai la conscience tranquille. Je n’ai aucun cadavre à faire porter par la bonne. D’ailleurs je n’ai pas de bonne non plus. Et je m’en trouve bien.

J’ai mal aux dents.

Et je crois qu’il est grand temps de régler le problème.

Notes :

1. Marie-Aude Murail, revue Phréatique, n°30-31, Hiver 1984, p. 172. Voir le fichier « Origine des calomnies », dans l’article du 26/11/2010 : « A l’ombre tutélaire de l’avantageux ministre, Monsieur Xavier Darcos« ; voir aussi les articles « Manipulation & intimidation« , du 26/11/2010, et « Une exécution publique« , du 04/03/2011.

2. Willy Brandt, 14 septembre 1992, « Vergesst nicht : Wer unrecht lange geschehen lässt, bahnt dem nächsten den Weg », avenue Willy Brandt à Lille, entre la gare Lille-Flandres et Euralille.

3. Blog, « Vendanges dans le Beaujolais », texte inséré dans l’article du 13/12/2010, « Emploi : le droit au travail existe-t-il encore en France ? ».

4. Eugène Ionesco, La Leçon, édition présentée par Emmanuel Jacquart pour Gallimard, coll. Folio; La Leçon, 1954; la préface, 1991; le dossier, 1994; p. 79.

La courte pièce de théâtre met en scène trois personnages. Une jeune fille se présente chez un professeur pour prendre des leçons. Il commence par l’arithmétique, enchaîne par la philologie. Sa bonne, Marie, le met en garde, mais il refuse de l’écouter. De timide, il devient agressif. La jeune fille se met à avoir mal aux dents. Il finit par la tuer. La bonne le gronde mais l’aide à se débarrasser du cadavre de la jeune fille, l’une des 40 victimes de la journée.

Plainte contre M.S. classée sans suite :

Plainte classée sans suite




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