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Archive mensuelle de septembre 2011

Statue de la Liberté

La Liberté éclairant le monde (Liberty Enlightening the World) est un magnifique symbole d’amitié entre deux peuples. Offerte par la France pour célébrer le centenaire de la déclaration d’indépendance américaine, la statue représente aussi une forme de reconnaissance accordée par le vieux continent à ces Etats-Unis encore nouveaux, et à l’idée qu’ils défendaient pour se constituer en nation : celle de la Liberté. Ce n’est pas l’œuvre d’un seul homme mais une création collégiale à laquelle ont contribué quelques-uns des plus grands savants et artistes de la fin du XIXème siècle. L’idée a été conçue dès 1865 par le juriste Edouard de Laboulaye, professeur au Collège de France; le projet a été confié au sculpteur Frédéric Bartholdi; l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, et plus tard l’ingénieur Gustave Eiffel, ont apporté leur contribution à la réalisation du monument, qui a été enfin inauguré le 28 octobre 1886. Et depuis cent-vingt-cinq ans, le colosse de Liberty Island illumine la baie de New-York, devenu le symbole planétaire de la Liberté, mais aussi de l’émancipation vis-à-vis de toute forme d’oppression.

La Statue de la Liberté

La Statue de la Liberté

« Auparavant, l’intellect représentait la liberté, la lumière en lutte contre les ténèbres. Maintenant, les ténèbres emploient la lumière pour réaliser leurs desseins… »

John Dos Passos

« Liberté, j’écris ton nom… »

Le rêve qu’a représenté l’Amérique pour des milliers d’immigrants qui tentaient l’aventure se lovait dans la possibilité « de se libérer du passé – du passé fantôme, de cette gangrène qui est en train de tuer l’Europe d’aujourd’hui en l’infectant de haine et du besoin de tuer », écrivait John Dos Passos en 1920, peu après la Grande Guerre à laquelle il avait participé en France, pendant la dernière année, comme ambulancier (1). Sous cet angle de vue, il considérait que l’entrée des Etats-Unis dans la guerre représentait une tragédie.

Ce jeune écrivain passionné, et pourtant pessimiste dès sa jeunesse, avait été bouleversé par les mensonges dont les peuples avaient été abreuvés avant et pendant la guerre, tant de la part de la propagande officielle, que de la part de la presse : « … les mensonges sont comme un suc poisseux qui se répand sur le monde, une espèce de tue-mouches vivant, grandissant, pour attraper et engluer les ailes de toute âme humaine… » (2). Il se désolait de l’influence dévastatrice d’une presse corrompue sur ses lecteurs :  « On dirait que les gens aiment ça à la folie : être dupés. Auparavant, l’intellect représentait la liberté, la lumière en lutte contre les ténèbres. Maintenant, les ténèbres emploient la lumière pour réaliser leurs desseins… Nous sommes les esclaves de l’intelligence vendue – des esclaves volontaires » (3). Il racontait le désespoir et la rage de toute une génération qui s’était senti la dupe des puissants : « Les malins, les sans-scrupules, ont la haute main sur ceux qui sont humains et bons » (4). Il en concluait que la tâche primordiale de celui qui se bat pour la liberté est de combattre « d’abord » le mensonge : « Ah ! les mensonges, les mensonges, les mensonges dans lesquels on étouffe la vie ! Il nous faut combattre une fois de plus pour la liberté, au nom de la dignité humaine » (5).

Je suis convaincue moi-aussi que le mensonge est le pire des poisons pour une société. Mais je ne partage pas le pessimisme de John Dos Passos et je pense que c’est ce désespoir-là qui amène parfois un cœur généreux à se tromper de mode de combat comme le fait l’écrivain lorsqu’il écrit : « Désespérément, cyniquement, sans pitié, il faut que nous nous levions pour montrer enfin que nous ne sommes pas dupes, que si nous sommes des esclaves, nous ne sommes pas des esclaves de bon gré » (6). J’aurais préféré qu’il écrive : « Avec espoir et ténacité, sans aucun cynisme mais avec courage, avec humanité et respect, il faut que nous nous levions pour montrer enfin que nous ne sommes pas dupes, que si nous sommes des esclaves, nous ne sommes pas des esclaves de bon gré ».

« Et par le pouvoir d’un mot… »

Il n’y a pas de désespoir dont on ne puisse se libérer ni de situation désespérée qui ne puisse trouver de solution. Je ne reprendrai pas l’inventaire des libertés qui m’ont été confisquées, ni des droits fondamentaux qui me sont refusés, au mépris des lois et des textes constitutionnels de notre pays. Mais je m’indigne que dans une nation où une législation exemplaire accorde au citoyen les garanties et les protections fondamentales de sa personne humaine, les lois ne soient pas appliquées avec justice et de la même façon pour tous les citoyens.

Assignée à résidence à Lille, où toutes mes entreprises pour faire reconnaître les droits que m’accorde la constitution française échouent depuis des années, je lance donc un ultime appel à Monsieur le Président de la République, qui se trouve aujourd’hui à New-York, où il prononcera un discours à l’occasion de l’anniversaire des cent-vingt-cinq ans de la Statue de la Liberté :

« Monsieur le Président de la République,

Vous prononcerez à New-York, ce jeudi 22 septembre 2011, un discours à l’occasion de l’anniversaire des 125 ans de la statue de la Liberté. Je ne doute pas un instant que vous y ferez un brillant éloge de la Liberté.

De retour en France, veillerez-vous à ce que cet idéal de tous les peuples, et dont la France se veut le champion, soit respecté dans notre pays aussi ? M’accorderez-vous le droit à la Liberté que j’ai perdu ? Et combattrez-vous les mensonges qui m’empêchent de le retrouver ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma considération respectueuse.

Claire Seguin

Message adressé grâce à la messagerie du site de la Présidence de la République.

Notes :

1. John Dos Passos (1896-1970), L’initiation d’un homme : 1917 (One Man’s initiation : 1917), publié pour la première fois en 1920, par George Allen & Unwin Ltd. Publié en France en 1925 par les Editions Rieder. Consulté dans l’édition Folio/Gallimard, qui reprend la traduction de Marc Freeman, p. 173.

2. Ibid., p. 81.

3. Ibid., p. 175.

4. Ibid., p. 177.

5. Ibid., pp. 181 et 184.

6. Ibid. p. 181.

Référence est faite dans les titres de paragraphes au poème de Paul Eluard (1895-1952), « Liberté », publié dans le recueil Poésies et vérités par les Editions de Minuit en 1942.

« Liberté

… J’écris ton nom (…) / Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer / Liberté »

Du boulot !

Hier après-midi, j’ai fait la sieste. Une vraie sieste. Je m’étais levée à six heures moins le quart. De 7h30 à 8h30, j’avais distribué des « petits papiers » à la Gare Lille-Flandres. De retour chez moi frigorifiée, j’ai pris un café en lisant la presse. A neuf heures et quart, j’étais au cybercafé où j’ai fait la promotion de mon blog sur internet jusqu’à près de midi. Après le déjeuner, une sieste m’a semblé bienvenue. Cela fait six semaines que je turbine à plein pot pour relancer la promotion du blog, six-heures-minuit, dimanche compris, et depuis le week-end dernier, je présente quelques signes de fatigue. Rien de grave. Mais une sieste en après-midi, lorsque je me suis levée avant six heures, me semble parfois relever de la bonne gestion de mes forces si je veux continuer à me battre avec efficacité sur le long terme.

Après ma sieste, j’ai repris le joug et je suis retournée au cybercafé pour quelques bricoles à mettre au point, que j’avais laissées en rade à midi, épuisée, pour aller déjeuner. Le patron de la boutique m’a accueillie en poussant de hauts cris : « La sieste a-t-elle été bonne ? » (!)

« Excellente, Monsieur ! Mais comment savez-vous que j’ai fait la sieste ?! » J’ai eu beau répéter ma question deux fois, et tenter de prolonger le dialogue en prenant la défense de mon emploi du temps, je n’ai obtenu aucune réponse…

Je tiens à rappeler que je ne suis pas consentante pour participer à un divertissement collectif de type « Loft story ».

Ce monsieur, comme bien d’autres à Lille, trouve que je travaille trop. Et de mon côté, je trouve qu’à travailler autant, il serait plus judicieux de trouver une activité rémunérée. Mais le problème se pose de la même façon que pour le logement : je n’accepterai pas n’importe quoi, terrifiée par la menace d’une « clochardisation ». Pôle emploi m’a fait une proposition fin août que j’ai dû décliner : deux heures de cours de Français ou d’Histoire-Géographie à Valenciennes, au Lycée La Sagesse. La sagesse comprise par Pôle emploi n’entre pas dans les critères de sélection rationnels que j’ai imposés à ma recherche d’emploi. Je tiens à travailler pour subvenir à mes besoins, pas pour occuper mon temps libre de paria auquel le droit fondamental au travail, droit inscrit dans la charte des Droits de L’Homme, est refusé. Enfin je tiens à obtenir un emploi à la hauteur de mes qualifications et de mes talents… mais quel employeur offrirait un emploi à responsabilité à une personne dont la vie privée n’est pas respectée et dont les activités et les conversations domestiques font l’objet de commentaires diffusés dans la population en quasi-instantané ! Hier, j’ai fait la sieste. Et tout le quartier était au courant.

La seule proposition d’emploi de Pôle emploi depuis mon retour du Canada en 2009 :

Du boulot ! pdf Pôle Emploi

Du boulot, au quotidien, j’en ai par-dessus la tête, et personne à Lille n’oserait prétendre que je manque de courage à l’abattre. La « jeune fille de bonne famille » contre laquelle j’ai fini par porter plainte se lamente dans son blog : à voir le nombre de mes affichettes répandues à travers la ville, elle se demande si je n’aurais pas « des roulettes sous la semelle de mes chaussures » et fait des suppositions perfides : cette femme serait peut-être « plusieurs dans sa tête ». La complainte est la même du côté de la police. L’équipe du Brigadier L., au commissariat de Fives, se plaint de mes affiches lorsque je téléphone pour me plaindre d’atteintes à la vie privée…

pdf Droits de l'homme Affiches Septembre 2011

Dimanche soir encore, je collais des affiches à plus de minuit passé. J’ai eu la mauvaise idée, pour finir la soirée, de m’aventurer dans le Vieux Lille. Je n’ai pas tenu longtemps. J’approchais de la rue Sainte-Catherine quand deux jeunes gars au volant d’un coupé démodé m’ont apostrophée. Lorsque je me suis retournée, je les ai pris pour des banlieusards adeptes du tuning. Pour un peu, j’aurais renvoyé paître ces « malotrus ». Mais le ton avec lequel ils m’ont adressé la parole ne laissait aucun doute : il s’agissait bien de deux policiers en civil circulant dans une voiture banalisée. Ils n’ont pas aimé ma « déco » et m’ont demandé de retirer mes affiches. J’ai cherché à m’éclipser en allant jeter les deux premières dans la corbeille publique au coin de la rue. Cela ne leur a pas plu non plus. Ils sont remontés dans leur coupé tandis que je prenais une rue transversale au pas de charge. Cela s’est terminé en course poursuite. Le gars courait plus vite que moi. Ils ont jeté ma colle dans une bouche d’égout, et m’ont demandé quel était mon message. Je leur ai répondu que j’aimerais que la police fasse son travail et enquête sur mes plaintes. Nous nous sommes pris la tête. Ils m’ont confisqué mes affiches. Je leur ai rétorqué que j’en collerais d’autres, cela ne changerait rien à mon combat. Ma paire de baskets n’a toujours pas fini de faire du service. Certes, la perte n’était pas grave, mais il me restait bien une heure de boulot !

Monsieur le Président de la République, je ne demande pas mieux que d’arrêter de coller des affiches et de vous envoyer des messages qui vous déplaisent. Mais l’injustice est trop criante et fait honte à notre pays. Je me permets donc de vous lancer ce matin un nouvel appel :

Monsieur le Président de la République,

Vous avez ce matin un entretien avec Madame Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du conseil d’orientation pour l’emploi. Êtes-vous le garant du droit au travail pour tous les citoyens et quelles mesures allez-vous prendre pour préserver ce droit fondamental ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma considération respectueuse.

Claire Seguin

Message adressé grâce à la messagerie du site de la Présidence de la République.

Un an

Ma lettre ouverte adressée au Président de la République française date d’un an, jour pour jour. J’ai rappelé pour la seconde fois, cet après-midi, le Palais de l’Elysée. Un premier appel, qui datait du mardi 12 octobre 2010, était resté sans réponse, bien qu’une enquête, m’avait-on dit, fût en cours. La personne chargée du service du courrier m’a demandé aujourd’hui… de renouveler ma lettre !

Courrier adressé au Président de la République ce jour, mercredi 7 septembre 2011, en utilisant le formulaire informatique du site de la Présidence de la République française :

Monsieur le Président de la République,

Il y a un an, jour pour jour, je vous adressais une lettre ouverte où je vous exposais ma situation désespérée et revendiquais le droit de connaître les raisons de ma mise au ban de la société française.

Le 12 octobre 2010, lors d’un appel téléphonique au Palais de l’Elysée, on me répondait qu’une enquête était en cours et qu’il fallait attendre.

Un an après, mes droits humains les plus élémentaires, au travail, au respect de ma vie privée, aux soins médicaux, au recours à la justice… sont toujours bafoués sans qu’aucune réponse de la Présidence de la République ne me soit parvenue. Je me sens déchue de ma citoyenneté sans qu’aucune justification n’ait été avancée.

Monsieur le Président de la République, êtes-vous le Président de tous les Français et de toutes les Françaises ? Etes-vous le garant du respect du droit et des valeurs de la République ? Quelle réponse entendez-vous apporter enfin au déni de justice dont je suis victime ?

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l’expression de ma considération respectueuse.

Claire Seguin

Je n’attendrai pas une réponse pendant une nouvelle année.

Une copie manuscrite est envoyée par courrier.

Orage sur la braderie

Braderie Lille 2011

La journée du samedi avait été magnifique, avant qu’on n’annonce des orages en soirée. Hier, à 22 heures, la braderie a été suspendue. L’orage a éclaté très vite. Il a plu toute la nuit et le dimanche matin. En après-midi, des éclaircies ont permis aux promeneurs de s’aventurer à nouveau dans la ville. Mais dès huit heures, la pluie orageuse a mis fin à l’embellie. Il n’y aura pas eu une seule belle journée cet été…

« J’ai mal aux dents »

C’est la rentrée !

Les professeurs se sont présentés ce matin, vendredi 2 septembre 2011, dans leurs établissements scolaires et les élèves prendront le chemin de l’école lundi 5. Les anciens vacanciers repeuplent les rues de Lille. La Braderie se prépare : la reprise du travail commence par une fête dans la capitale du nord. C’est la rentrée !

Que de questions et d’appréhensions avant la reprise. Pensez-vous que cette année votre patron sera informé de vos conversations domestiques ? Vos collègues auront-ils un droit de regard sur votre sexualité ? Y aura-t-il un micro sous votre oreiller ?

Après deux mois d’oubli, c’est le moment de prendre des résolutions. Votre père répondra-t-il à vos questions ? Et répondrez-vous cette année à celles de vos enfants ? Exposerez-vous vos gamins à l’inconscient délétère de l’écrivain Marie-Aude Murail, fer de lance de l’Education Nationale et de la littérature jeunesse, qui dit d’elle-même : « Je parle comme on viole » (1) ? Laisserez-vous les idées rétrogrades de la phallocratie et de la misogynie modeler leur imaginaire ? Vous avez tous lu les Droits de l’Homme ! Ceux de la Femme seront-ils différents cette année ?

La grande question de la rentrée est de savoir si le lynchage collectif sera la justice de l’année. Participerez-vous à la traque locale ou oserez-vous vous indigner ? Rappelez-vous les paroles de Willy Brandt dont Lille a fait sa devise : « Ne l’oubliez jamais : celui qui laisse se prolonger une injustice, ouvre la voie à la suivante »(2).

J’ai mal aux dents.

Leçon d’Humanité

Ma situation se dégrade encore. Les atteintes à la vie privée et aux libertés fondamentales sont insupportables et relèvent de la torture collective lorsqu’elles sont perpétrées sous les quolibets et les insultes de l’Etat comme de l’Homme de la rue. La bourgeoisie locale est en train de me « voler » mon appartement, il n’y a pas d’autre mot pour le dire, tandis qu’elle tente de me terrifier et de me réduire au silence en agitant le spectre d’une « clochardisation » : je pourrais d’ici quelques semaines tout au plus être jetée à la rue… Je suppose qu’elle espère négocier ma sujétion contre l’octroi d’un logement social minable et d’une allocation de survie, qui me maintiendraient dans une misère décente aux yeux de la population. Une femme comme moi, qui a fait plus de dix ans d’études, brillantes, et qui les a réussies, qui a enseigné ensuite pendant près de dix autres années, qui est débordante d’énergie, de vitalité et d’inventivité, peut-elle se laisser réduire à une vie misérable en échange d’un bol de soupe ? La monstruosité d’un tel projet ne rabaisse que ceux qui l’on conçu.

Le public averti, qui a accès aux informations illégales qui se transmettent entre affranchis, manifeste partout la même jouissance de participer impunément à un lynchage collectif : depuis les insultes caractérisées ou implicites, jusqu’aux questions bénignes, mais tout aussi abjectes que des attaques, sur « toutes les petites poches de mon sac à main » par exemple (!), ce public prend plaisir à s’imaginer intelligent là où il n’est que victime d’une manipulation. Mes réactions sont prévues comme une mécanique instinctive, mais ces intellectuels cyniques ont pris la précaution de préparer le terrain par une multitude de petites insinuations qui finissent par prendre sens sur la durée : je devrais faire de la politique et lire L’Humanité. Après avoir rejeté le catholicisme, je devrais me tourner vers le parti communiste, un parti dont je me suis pourtant écartée dès l’adolescence, et pour une raison simple : je suis opposée à toute forme de dictature, y compris la dictature du prolétariat. Que reste-t-il alors ? Mais la condamnation suprême… Depuis le cultureux gauchiste jusqu’au catholique bigot, en passant par la féministe et la lesbienne, si jamais celles-ci sont aussi anglicistes ou normaliennes, chacun y va de sa grille de lecture, qu’il adapte en fonction de ses propres lubies. Ils comprennent, ils commentent, ils savent. La seule chose qu’ils sont incapables de concevoir, c’est leur propre aveuglement, et leur communion collective, par delà toutes les barrières idéologiques, religieuses, politiques, dans un seul sentiment dominant : la misogynie.

Une culpabilité lancinante joue aussi son rôle dans leur acharnement. Depuis Marie-Aude Murail et sa clique, jusqu’aux derniers ennemis identifiés, et sortis du chapeau par miracle, tous ont un point commun : ils sont nés vers 1950, à deux ou trois ans près, ou sont les enfants d’adultes nés vers 1950 !  Plus âgés que moi d’une quinzaine d’années, ils sont hantés par l’idée de répétition et par la culpabilité de la génération de leurs parents. Tout au long de l’été, j’ai été confrontée à d’anciens élèves du collège Albert Samain, à Roubaix, où j’étais en poste avant ma démission. J’ai fini par m’apercevoir que ces rencontres, en apparence fortuites, étaient en fait organisées par des éducateurs qui cherchent à me convaincre que je ne peux pas condamner des professeurs après en avoir été un moi-même. Or je récuse toute culpabilité et toute circularité des « fautes ». Je ne crois ni à la répétition, ni à la fatalité, ni aux recettes psychologiques. Elles n’adviennent que si on les accepte. Et chacun peut s’en libérer s’il le désire. Quant à savoir si j’ai été ou non un bon professeur, je ne vois pas qui pourrait en juger avec justice compte tenu du harcèlement insupportable, et qui est allé jusqu’aux menaces de mort, que j’ai enduré tout le temps où j’ai enseigné… un harcèlement qui était le fait de l’administration comme du corps enseignant. Les cours en tout cas ont toujours été assurés avec le plus grand sérieux. La seule chose que je vois, c’est la monstruosité d’adultes qui sont en train d’instrumentaliser à leur profit des jeunes gens, choisis parmi les plus fragiles, qu’ils poussent aux insultes et à la haine, pour servir les intérêts de leur caste.

J’ai mal aux dents.

Impunité

L’esprit de caste est bien la dominante des adversaires que je dois affronter : le réseau, à forte composante familiale et corporatiste, est constitué d’une petite bourgeoisie montante, qui doit encore travailler dur pour gagner (très) bien sa vie, et qui frappe à la porte du club des riches. A Lille, dès que la situation financière le permet, ces besogneux s’offrent une jolie propriété dans le triangle des bermudas bourgeois situé entre Tourcoing, Mouvaux et Bondues. Ils rêvent d’enfiler le pantalon et de se targuer de la respectabilité que confère le costume. Mais pour cela il faut à ces « jeunes gens de bonne famille » et à leurs parents  l’impunité : pas de plainte à leur encontre, pas de tache au blason qui s’élabore.

Je dois reconnaître qu’ils ont le bras long. Ma dernière plainte, nominale enfin (mon enquête progresse), contre un des membres de la bande, M. S., a fait long feu. En un mois, cette plainte pour « Injure publique / Diffamation publique », comportant 19 pages dont 13 de documents établissant les faits, a été classée sans suite au motif que : « Les faits dont vous vous êtes plaint ne sont pas punis par la loi » ! Je portais plainte pour diffamation, témoignant aussi d’une connaissance anormale de ma vie privée. Cette jeune femme, lilloise, outre les insultes et les jugements diffamatoires qu’elle se permet, connaît par exemple le prénom du jeune vendangeur bourguignon dont je fais le portrait dans le texte « Vendanges dans le Beaujolais »(3), alors qu’elle prétend m’avoir rencontrée quelques jours plus tôt à Rihour lors d’une distribution de petits papiers. D’autres incidents des dites vendanges, jamais racontées, apparaissent ailleurs dans son blog.

Elle invite aussi son ami bourguignon à répondre à ma « lettre » ! Quelle lettre ? Mon texte n’est pas une « lettre »… En y regardant de plus près, je découvre que la jeune femme multiplie dans son blog, lorsqu’elle parle de moi, des insinuations sur le thème de la « Lettre », insinuations que je déplore aussi depuis des années dans mon entourage, sans obtenir de réponse à mes questions, et que j’avais déjà évoquées dans ma plainte contre mon père. Je trouve que cela fait beaucoup.

J’invite donc cette jeune femme, que je ne connais pas, avec laquelle je ne partage pas de connaissances, et que j’ai mis plusieurs semaines à identifier, à répondre elle-même à mes questions : comment me connaît-elle ? Quelles sont ses relations avec les vendangeurs du Beaujolais ? Que signifient ses insinuations sur le thème de la « Lettre » ? Tiens, de façon exceptionnelle, je lui laisse les commentaires ouverts ! Mais qu’elle soit certaine, si elle ne se manifeste pas, que je trouverai une occasion prochaine de lui poser mes questions de vive voix, et de préférence en public. Emotive comme je l’ai découverte la première fois où je l’ai abordée, elle devrait peut-être munir son sac à main d’un sucre ou d’un flacon de sels… Quoique, après tout, elle ne risque pas grand chose : l’impunité lui est acquise.

J’ai mal aux dents.

« Le symptôme final ! Le grand symptôme ! » (4)

J’ai passé l’âge de jouer à l’élève et je n’ai aucune envie de rejoindre le camp des professeurs assassins. Enfin je préfèrerais être guérie du mal de dents par un dentiste plutôt que par un croque-mort. Si je crains, à juste titre, les coups de poignard en traître, je n’ai pas peur d’avoir à rendre compte de mes actes, ni de monter au combat. Cette jeune femme ne me fera endosser aucun brassard politique. J’ai la conscience tranquille. Je n’ai aucun cadavre à faire porter par la bonne. D’ailleurs je n’ai pas de bonne non plus. Et je m’en trouve bien.

J’ai mal aux dents.

Et je crois qu’il est grand temps de régler le problème.

Notes :

1. Marie-Aude Murail, revue Phréatique, n°30-31, Hiver 1984, p. 172. Voir le fichier « Origine des calomnies », dans l’article du 26/11/2010 : « A l’ombre tutélaire de l’avantageux ministre, Monsieur Xavier Darcos« ; voir aussi les articles « Manipulation & intimidation« , du 26/11/2010, et « Une exécution publique« , du 04/03/2011.

2. Willy Brandt, 14 septembre 1992, « Vergesst nicht : Wer unrecht lange geschehen lässt, bahnt dem nächsten den Weg », avenue Willy Brandt à Lille, entre la gare Lille-Flandres et Euralille.

3. Blog, « Vendanges dans le Beaujolais », texte inséré dans l’article du 13/12/2010, « Emploi : le droit au travail existe-t-il encore en France ? ».

4. Eugène Ionesco, La Leçon, édition présentée par Emmanuel Jacquart pour Gallimard, coll. Folio; La Leçon, 1954; la préface, 1991; le dossier, 1994; p. 79.

La courte pièce de théâtre met en scène trois personnages. Une jeune fille se présente chez un professeur pour prendre des leçons. Il commence par l’arithmétique, enchaîne par la philologie. Sa bonne, Marie, le met en garde, mais il refuse de l’écouter. De timide, il devient agressif. La jeune fille se met à avoir mal aux dents. Il finit par la tuer. La bonne le gronde mais l’aide à se débarrasser du cadavre de la jeune fille, l’une des 40 victimes de la journée.

Plainte contre M.S. classée sans suite :

Plainte classée sans suite




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