Une vie à l’Encan de La Rochelle

Tandis que la campagne présidentielle s’organise, je me sens bien seule et démunie, à Lille, pour persévérer dans mon combat. J’observe de loin, depuis plusieurs jours, la progression de cette caravane de jeunes socialistes lillois partis sillonner la France (*) et qui arriveront en fin de semaine à La Rochelle pour assister à l’Université d’été de leur parti (1). La Rochelle ! Chef-lieu de mon pays, port marin ouvert sur l’océan et le large, perché tout en haut de l’immense plaine maritime de l’Aunis, s’appuyant sur le contrefort plus rural de la Saintonge… Qui n’a jamais vu le vieux port et ses tours, son bassin à flot, sa façade de maisons blanches ou couleur de sable, abritant des entrelacs de ruelles serrées flanquées de galeries aux arceaux de pierre, ou son hôtel de ville Renaissance aux sculptures exubérantes, peut difficilement comprendre la nostalgie que je garde de cette ville comme des paysages côtiers de mon enfance, saturés de bleu et d’ocre, et qui exaltent de toute la beauté de leurs anses la douceur de vivre. 

Hélas, c’est à l’Encan de la Rochelle où se réuniront les socialistes que s’assombrit le rêve éveillé et que je retrouve toute ma combativité. Je refuse d’accepter le procès en sorcellerie qui m’est intenté. Je le refuse d’autant plus que je suis convaincue qu’il n’a rien de spontané et qu’il est au contraire prémédité et orchestré par de trop bons lecteurs de Jules Michelet (2), qui jouent au démiurge et théorisent avec hypocrisie les lois qui régissent les phénomènes de « bouc émissaire » (3) mais qui se méprennent  lorsqu’ils croient, en les instrumentalisant à leur profit, faire preuve d’intelligence : ils ne se montrent que calculateurs ! Dépossédée de ma propre vie que je vois jetée à l’encan, transformée en objet de trafic, livrée au plus offrant, tandis que je me consume à Lille, bastion du socialisme,  dans un taudis, privée de liberté, réduite à la solitude et harcelée par mes adversaires, je mets au défi les ténors du Parti socialiste d’oser se vanter à La Rochelle de défendre les Droits de l’Homme. 

La Rochelle Recto   La Rochelle Recto

Je ne répéterai jamais assez que je refuse d’endosser des crimes imaginaires inventés par une gamine malheureuse de s’être sentie laissée pour compte lors d’un voyage scolaire en Allemagne auquel elle n’avait pas participé… et envenimés par le cynisme de son entourage qui a cru avoir déniché le merle blanc dont ils allaient tirer parti, puisque mon père, fidèle à une tradition misogyne qui sacrifie certaines femmes de la famille (4), ne m’a pas défendue, ni même informée de ce qui se passait, se faisant complice de mes assassins. Je ne répéterai jamais assez que si je refuse d’endosser des crimes imaginaires, j’entends assumer tous mes actes réels, qu’il n’y a aucune compromission qui soit de mon fait, et que je revendique le droit d’être moi-même et de dire qui je suis sans accepter le sacrifice : leur mauvaise appréciation de mes réactions ne concerne que mes ennemis. Je ne répéterai jamais assez que ce blog, où je me suis enfin accordé un droit de parole, est le seul endroit où je m’exprime et qu’il est aussi un appel au dialogue.

La Rochelle Verso   La Rochelle Verso

Je ne dénoncerai jamais assez le cynisme de mes adversaires ni la menace qu’ils font planer sur cette jeunesse touchée par le « syndrome du jeune vendangeur », communiste, catholique, phallocrate et viscéralement attaché aux valeurs du patriarcat (5). Il n’y a pas de Droits de l’Homme qui tiennent s’ils ne sont les mêmes que les Droits accordés à la Femme. Il n’est pas de fidélité au père qui se justifie si la conduite de ce père est immorale, et je citerai une fois encore Gandhi pour étayer mon argumentaire, Gandhi dont on ne peut pas mettre en doute l’immense respect qu’il portait lui-même à ses parents : « Si un père se rend coupable d’injustice, il est du devoir de ses enfants de quitter le toit paternel » (6). Il n’y a pas de courage qui puisse se revendiquer si celui-ci n’est pas mis au service de la vérité et de la justice. Et je répéterai la définition du courage que Jaurès propose à ses jeunes auditeurs dans son Discours à la Jeunesse : « Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques » (7).

Michelet, qui s’indigne des procès en sorcellerie, fait un triste constat : « Sur la longue voie de mon Histoire, dans les trente ans que j’y ai consacrés, cette horrible littérature de sorcellerie m’a passé, repassé fréquemment par les mains. [...] … de 1300 à 1600, et au-delà, la justice est la même. Sauf un petit entr’acte pour le Parlement de Paris, c’est toujours et partout même férocité de sottise. Les talents n’y font rien. Le spirituel De Lancre, magistrat bordelais du règne d’Henri IV, fort avancé en politique, dès qu’il s’agit de sorcellerie, retombe au niveau d’un Nider, d’un Sprenger, des moines imbéciles du quinzième siècle » (8). La force politique de mes juges qui monopolisent la parole publique et fabriquent l’opinion ne doit pas illusionner les citoyens. Leur immense culture n’est pas un garant d’honnêteté et jamais un procès où le droit de défense a été refusé à l’accusé n’a été considéré comme équitable. Je voudrais leur rappeler que le bon sens populaire lui-même se fait l’écho de cette vérité et que l’adage « Qui n’entend qu’une cloche, n’entend qu’un son », est sans équivoque : on ne peut juger d’une affaire quand on n’a pas entendu toutes les parties !

Je rêve que le week-end prochain, à La Rochelle, le jour se lève enfin sur la vérité et que la mouette légère chasse le rapace cupide qui voudrait déchirer la proie qu’il a trop longtemps épiée. Il y a toujours des hommes derrière les histoires et les scandales, et il en est un plus que les autres que je voudrais contraindre à endosser la responsabilité de ses actes, que je voudrais obliger à me rendre justice, dont je voudrais réfuter les idées… Aucun monde meilleur ne se construit  sur le mensonge et l’ancien a déjà fait trop de victimes ! Imaginez un oiseau de malheur à la robe noire des corbeaux, au bec jaune des traîtres… Sera-t-il enfin démasqué ?

The greedy Blackbird   The greedy Blackbird.

Notes : 

(*) J’ai appris hier, mardi 23 août, en lisant Le Monde du Mercredi 24 août 2011 (p. 13), que la caravane de la primaire PS avait été vandalisée lundi dernier à Nantes. Je récuse bien sûr de façon catégorique toute forme de violence qui ne peut conduire  ni à une justice sereine ni à un débat politique constructif. 

1. Université d’été du Parti socialiste, du 26 au 28 août 2011, à La Rochelle, à l’Espace Encan, quai Louis Prunier, près du port et de l’ancien bassin des Chalutiers.

2. Jules Michelet, La Sorcière, première publication en 1862 par Hetzel.

3. René Girard, Le Bouc émissaire, Editions Grasset & Fasquelle, 1982, ou La Route antique des hommes pervers, même éditeur, 1985.

4. Voir le fichier « Origine des calomnies » inséré dans l’article du 26/11/2010, « A l’ombre tutélaire de l’avantageux ministre, Monsieur Xavier Darcos« .

5. Voir le fichier « Vendanges dans le Beaujolais », inséré dans l’article du 13/12/2011, « Emploi : le droit au travail existe-t-il encore en France ? »

6. Gandhi, Tous les hommes sont frères, Vie et pensée de Mahatma Gandhi d’après ses œuvres, (All men are brothers), U.N.E.S.C.O., 1958; préface et traduction française de 1969, publié in Idées/Gallimard, p. 250.

Lire la citation dans le contexte de la page :

Une vie à l'Encan de La Rochelle  pdf Gandhi

7. Jean Jaurès, L’Esprit du socialisme, Six études et discours, préface de Jean Rabaut, éditions Gonthier, 1964, p. 66.

Lire la citation dans le contexte de la page :

pdf Jaurès

8. Jules Michelet, La Sorcière, Garnier-Flammarion, 1966, p. 34.

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