Phallocrates ET misogynes

 

Testez votre sensibilité féministe…

Phallocrates ET misogynes doc Est-ce du racisme ?

doc misogynie Ce qu’ils ont dit en réalité…

Maadiar

Tandis que la justice lilloise me fait savoir que mes plaintes pour diffamation sur le net sont classées sans suite pour cause d’absence d’infraction, je poursuis mon enquête. Le blog Mawy’s versafutile et mon équipe de jeunes cambrioleurs (voir article du 9 janvier « Langage clair » Versus « Hypocrisie »), n’ont conduite à un autre blog, lui-aussi anonyme, celui de Maadiar. Je n’ai pas été déçue du voyage. Ce jeune artiste propose à ses lecteurs un nombre considérable de planches de bandes dessinées, dont certaines, dit-il, sont codées. Il envoie un mail à ceux qui ne comprennent pas. La thématique de l’homosexualité est là-aussi très représentée, cette fois en version masculine. On découvre ainsi les aventures de Polichinet et Renato, emprisonnés ici par la Coccinelle dans un flacon d’urine, l’artiste se complaisant dans le registre infantile du pipi-caca, qui dénote une nette fixation au stade anal :

Polichinet  Polichinet

Certes, ce jeune homme et sa bande de potes se défendent d’être homophobes et sexistes, puisqu’ils sont homosexuels, au moins pour certains d’entre eux. Il n’empêche que les thématiques homophobes et sexistes restent un must pour faire rire aux dépens d’autrui.

Je vous propose comme perle dans le genre la planche Destop qui met en scène une jeune femme, pauvre « connasse », qui cherche à déboucher un lavabo avec de la soude caustique, car les femmes, ces imbéciles, n’ont pas l’idée de dévisser le siphon pour le nettoyer, tâche trop rude pour leurs « petits bras ».

Destop   Destop

Je reconnais que j’ai été très vexée lorsque j’ai vu apparaître cette planche car je venais d’envoyer un courrier peu avenant à mon propriétaire lui recensant tous les produits qui sont à ma charge personnelle, puisque je suis la seule à entretenir l’appartement collectif que je partage avec trois autres colocataires : produits ménagers, ampoules électriques, verrous et autres cadenas à changer après cambriolage et … soude caustique pour déboucher la baignoire. Je suis peut-être « conne » mais je ne mets pas les mains dans le siphon pour déboucher une baignoire où l’un de mes colocataires vient de vomir.

La représentation de la femme dans ces dessins est symptomatique  des fantasmes sexuels, à connotations sexistes, de ce jeune homme : une femme virile, qui revendique une position masculine, et qui est affublée d’un pénis et d’une paire de couilles d’une taille impressionnante. J’ai choisi l’une des planches les moins vulgaires mais les lecteurs en âge de le faire peuvent aller se rendre compte par eux-mêmes des variantes, fort nombreuses, que propose ce jeune homme sur ce thème (1).

Femme dotée d'un pénis   Femme dotée d’un pénis.

Présentée parfois comme un(e) transsexuel(le), cette femme me semble bien être une femme, prénommée sur l’une des planches « Coline ». Lorsque ce jeune homme ne dessine pas des femmes dotées d’un pénis, il dessine des fusils, symptôme là-encore d’une masculinité mal assurée.

Sachez jeune homme, si vous avez besoin de l’apprendre, que la femme fantasmée avec un pénis, ou un clitoris surdimensionné, est un poncif de la misogynie, en particulier lorsqu’elle s’attaque aux femmes intelligentes. Il m’a suffi de feuilleter le recueil de Benoîte Groult, Cette Mâle assurance (2), pour relever un florilège de citations très parlant sur ce sujet.

La médecine n’échappe pas à ces fantasmes délirants en dépit de son caractère a priori scientifique, lorsque son instrumentalisation permet de conforter la phallocratie. Le Dr Paul Julius Moebius dit ainsi à propos des peintres féminins qui manqueraient « totalement d’imagination créatrice » : « Il est bien rare qu’on rencontre un talent véritable, et dans ce cas d’autres caractères trahissent habituellement aussi l’hermaphrodisme intellectuel. »(3)

Les frères Goncourt renchérissent dans le registre : « Si seulement un médecin avait pu pratiquer l’autopsie des femmes ayant manifesté un don artistique quelconque, George Sand par exemple, il aurait évidemment découvert qu’elles avaient des organes génitaux se rapprochant de ceux des hommes, notamment un long clitoris, ressemblant à notre pénis. »(4) Et la philosophie a son propre argumentaire pour justifier les mêmes obsessions. Nietzsche décrète ainsi : « Quand une femme devient un savant, c’est qu’il y a d’ordinaire quelque chose de déréglé dans ses organes sexuels. »(5)

Enfin les clivages politiques disparaissent lorsqu’il s’agit de conforter la domination masculine, et à droite comme à gauche on déplore l’émergence de femmes instruites et libérées. Le libertaire Jules Vallès s’affole : « C’est le type de la femme française qui va mourir dans les pattes de ces cuistres… Au secours ! Les muses de la raison courent le risque de s’appeler avant dix ans Sapho ou la femme à barbe ! »(6); tandis que Pascal Jardin, réactionnaire, s’insurge : « Toutes ces sinistres descendantes de Simone de Beauvoir ne sont qu’une lugubre cohorte de suffragettes mal baisées, mal fagotées, dévoreuses d’hommes aux incisives terrifiantes, brandissant moralement des clitoris monstrueux… Ce sont des ovariennes cauchemardesques ou des syndicalistes de la ménopause. »(7)

Je sais qu’il existe, et qu’il existait déjà au XIXe siècle, des hommes féministes et favorables à l’émancipation des femmes. Benoîte Groult cite Rimbaud ou Stendhal, par exemple. Il ne s’agit pas de mettre en accusation la gens masculine dans son ensemble, bien au contraire. Mais je voudrais ouvrir les yeux de certains hommes, de certains jeunes hommes en particulier, sur la persistance de lieux communs réactionnaires et misogynes jusqu’au XXIe siècle, et sur leurs manifestations quotidiennes. La citation de Pascal Jardin, qui s’exprime dans un langage cru, celui de la rue d’aujourd’hui, est révélatrice de cette misogynie difficile à comprendre pour certains phallocrates contemporains qui prétendent aimer les femmes, c’est-à-dire la leur (pas toujours), et ne dénoncer que les « mauvaises », obligés, pour se concilier une vie amoureuse et sexuelle, de scinder leur objet libidinal en un bon et un mauvais sein, comme un enfant.

C’est à vous que je m’adresse…

Vous ne pouvez pas me faire croire, Messieurs, que la haine que vous me portez, et l’acharnement névrotique avec lequel vous vous organisez pour me poursuivre et me détruire, n’est pas la manifestation patente, évidente, indiscutable d’une misogynie féroce… Vous vous trahissez … :

Quand vous essayez de me déstabiliser en opposant phallocratie et misogynie, pour me faire croire que vous aimez les femmes, alors que vous les aimez comme les aime Mr Ramsay (8)… Francis, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous me lisez, au cours d’une soirée lyonnaise mémorable, et devant une salle comble, une nouvelle de Maupassant, « La Femme à barbe »… Arthur, c’est à vous que je m’adresse.

Quand, traversant une épreuve douloureuse, et qui s’est révélée dix-huit ans plus tard être la conséquence prévue d’avance d’une machination monstrueuse, vous me refusez votre soutien et me traitez de « louve »… Eugène, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous m’insultez, des mois durant, avec la protection de la phallocratie comme de la police, et me faites découvrir toutes les variantes de l’éternelle rengaine de la « mal baisée » : « Touche-toi », « T’as besoin d’un mec », « Troudu », « Va te faire sauter »… Pascal, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous m’invitez à une soirée vidéo, entre potes, pour voir un film à la mode, et que ma tenue vestimentaire est disséquée avec obscénité, à mots couverts, pendant des heures : « mal fagotée »… Arnaud, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous me harcelez d’insinuations souriantes sur ma prétendue homosexualité et que je découvre, plusieurs années plus tard, que vous avez été l’un de mes pires calomniateurs… Jérôme, c’est à vous que je m’adresse.

Ou quand apparaissent des plaisanteries fielleuses sur mon prochain anniversaire, celui de mes quarante-cinq ans, et que je vois se profiler un nouveau type d’insultes, celui qui s’attaque aux « syndicalistes de la ménopause »… Pierre, c’est à vous que je m’adresse.

Mon crime ? Avoir été une adolescente brillante et seule dans un milieu réactionnaire et misogyne. Ma liberté m’a été confisquée à quatorze ans. Depuis, à chaque étape de ma vie, j’ai essuyé les reproches que l’on fait à la femme savante. Privée de vie amicale, puis amoureuse, puis associative, je m’entends encore reprocher ma capacité à sublimer mon goût de la vie dans des pratiques culturelles, que ce soient les beaux-arts ou la lecture… Cette haine de l’intelligence féminine se trahit… :

Lorsque « Mes Parents » m’humilient et me dévalorisent, pendant des années, en opposant à mes quelques succès académiques le parcours de mes cousines qui « elles, ont refusé de faire des études ».

Lorsqu’une future camarade doctorante me pique des crises de nerf, avec chantage au suicide à la clef : « Comment tu connais cet auteur ? », alors que j’ai passé mon année de DEA à cacher mes diplômes, mes réussites et l’ampleur réelle de ma culture.

Lorsque mes professeurs de Paris 7 me donnent comme modèle de l’étudiante brillantissime cette même jeune femme, validant ainsi quelles sont leurs attentes universitaires auprès des étudiantes : une jeune femme inculte, servile, et qui vous impose pendant des mois des conversations abrutissantes sur son cholestérol ou son acné juvénile.

Lorsque des lecteurs de la Bibliothèque nationale passent à mes côtés en ricanant : « Elle lit de la philosophie !… »

Lorsqu’un camarade lyonnais ne voit sur mes étagères que « des livres qui n’ont jamais été lus » : « Si tu as besoin de le croire, mon gars, répands ton fiel… »

Lorsqu’une bibliothécaire amiénoise me reproche sur un ton aigre et agressif : « Mais vous lisez pour deux… »

Lorsqu’à Lille, la voix virile qui traverse les murs s’indigne : « Elle veut tout savoir… »

C’est sans fin et c’est douloureux.

Jules Laforgue résume fort bien en une seule phrase misogyne les dures réalités auxquelles s’est heurtée ma vie : « Puisque la femme revendique ses droits, ne lui en reconnaissons qu’un seul : le droit de plaire ». (9)

C’est la pierre de touche qui décide encore du reste.

Ce qu’il en résulte pour moi ? Un déni de mes droits, sans aucune justification légale à le faire, et une surveillance de tous les instants, fascisante et révoltante, qui a peu à peu détruit ma vie en la privant de ses libertés fondamentales.

Le crime parfait existe-t-il ?

Même si la condition de la femme a fait un progrès incontestable, les forces adverses sont encore bien à l’oeuvre, y compris auprès des générations à venir. En témoigne cette couverture de la revue Marianne, placardée sur tous les kiosques à journaux, la semaine de la rentrée scolaire 2010-2011 :

Marianne Sept 2010   Marianne, N°697, du 28 août au 3 septembre 2010.

La couverture présente en gros titres l’affaire Bettencourt, avec un portrait de la Dame, et dans le coin droit, à côté du titre de la revue, un petit encadré annonçant un article sur l’école et la réussite scolaire des filles. On a ainsi deux intitulés qui se superposent (et s’enchaînent) :

« Ecole – Pourquoi les filles sont les meilleures »

« Quand Liliane Bettencourt triche avec le fisc… le pouvoir ferme les yeux ! »

Ce qui peut se résumer en une seule assertion enfantine :

« Ecole – Pourquoi les filles sont les meilleures ? Quand Lili triche avec la fiche… le pouvoir ferme les yeux ! »

Cette année, des milliers et des milliers de petits garçons ont lu cette affiche sur le chemin de l’école, le jour de la rentrée. Coup de massue : quoi qu’ils fassent, les filles seront meilleures, et elles seront meilleures parce que ce sont des filles. Enfin on leur explique pourquoi elles réussissent : elles trichent. Un petit garçon de sept à huit ans sait lire, et il est capable de demander à un adulte qui est Liliane Bettencourt : « La femme la plus riche de France ». Autant dire la première de la classe. Dans une quinzaine d’années, nous aurons une nouvelle génération de petits machos, révoltés à l’égard des femmes, et dont le mépris pour elles sera d’autant plus convaincu que personne ne leur aura rien expliqué : ils auront compris tout seul. Quant aux filles, elles sont averties : les meilleures auront une triste fin.

On pourrait disserter sur le portrait de Bettencourt qui après tout a le droit, comme n’importe quel capitaliste mâle, de claquer son argent comme elle l’entend : le col de fourrure, le portrait frontal, le regard qui fixe, un peu par-dessous… Il ne flatte pas le modèle. Mais c’est le terme d’héritière qui m’intéresse : pas « patronne », pas « propriétaire », mais « héritière »… Nuance. Sa fortune lui est plus concédée qu’acquise. On retrouve avec ce terme toute la problématique patriarcale de la transmission des biens, des haines qu’elle fait naître entre héritiers, et des jalousies parfois délirantes qu’elle peut susciter chez un homme lorsqu’il est question d’ »héritière » au féminin.

Dans ce dernier cas de figure, la misogynie peut confiner à la maladie mentale. J’ai entendu récemment un homme, par ailleurs brillant, et qui s’estime de gauche, mais misogyne, me parler à deux reprises des « revenus » que touchaient deux femmes différentes « sur les biens de leur mère », ayant recours avec naturel à ce vocabulaire réactionnaire comme si le destin d’une femme actuelle était de vivre à ne rien faire d’un argent hérité de maman, alors que ces revenus supposés n’existaient pas et qu’il le savait fort bien ! Masturbation mentale… et désignation calomniatrice de deux femmes à la haine misogyne de mâles réactionnaires et névropathes.

La portée symbolique de la couverture de Marianne me semble donc beaucoup plus lourde qu’une plaisanterie de potaches pour la semaine de rentrée. Elle est chargée d’une idéologie réactionnaire notoire, ce qui est gênant pour un journal de gauche, et d’une misogynie latente qu’aucun journaliste de Marianne, à mon avis, n’oserait avouer ouvertement. A mes yeux, elle relève, la semaine de la rentrée des classes, de l’incitation à la haine, et de l’incitation à la haine auprès d’une population particulièrement vulnérable, les enfants de moins de quinze ans.

La phallocratie n’est pas dissociable de la misogynie. Et l’émancipation des femmes ne signifie pas une revanche des femmes sur les hommes, renversant les rapports de domination. Il s’agit au contraire d’inventer une nouvelle façon de vivre ensemble, d’imaginer un mode de relation plus harmonieux entre les hommes et les femmes.

Je fais l’expérience tous les jours de résurgences haineuses liées à des conceptions de la femme qui devraient être périmées, puisque l’égalité entre les sexes est acquise au regard de la loi, mais qui perdurent au-delà de ma génération, parfois sous le masque d’un renversement des données monté en épingle. Il n’y a aucune raison, par exemple, pour que les filles réussissent mieux que les garçons à l’école. Le féminisme aura gagné lorsqu’on ne se posera plus la question du sexe pour évaluer les enfants, et qu’en effet l’éducation qu’ils reçoivent leur permettra de réussir de la même façon, qu’ils soient garçon ou fille, selon leurs mérites personnels.

Enfin je considère la misogynie comme une forme de racisme : on ne peut pas se considérer comme un parangon de l’antiracisme et se complaire dans une misogynie névrotique. Aucune femme, même haïe pour des raisons misogynes, ne peut être déchue de ses droits humains sous des prétextes fallacieux. Et si ces prétextes n’étaient pas fallacieux, messieurs, vous accepteriez d’en parler…

Jérôme, c’est aussi à vous que je m’adresse.

Notes :

1. Ecrire « Maadiar » dans Google pour atteindre le site.

2. Benoîte Groult, Cette Mâle assurance, Albin Michel, 1993.

3. Ibid. p. 115, citation du Dr Paul Julius Moebius, De la débilité mentale et physiologique chez la femme (1898).

4. Ibid. p. 193, citation d’Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) Goncourt.

5. Ibid. p. 98, citation de Friedrich Nietzsche (1844-1900), Humain, trop humain (1878).

6. Ibid. p. 235, citation de Jules Vallès (1832-1835), Réveil.

7. Ibid. p. 217, citation de Pascal Jardin, romancier et dialoguiste contemporain.

8. Personnage majeur du roman de Virginia Woolf, To the Lighthouse (Vers le Phare), publié en 1927, et qui incarne la figure du père patriarcal.

9. Groult, ibid. p. 202, citation de Jules Laforgue (1860-1887).

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