Archive mensuelle de avril 2011

Un dimanche à la campagne

Samedi soir, tard, vers dix-neuf ou vingt heures, un voisin m’aborde dans la rue. Nous nous sommes déjà rencontrés au moment de mon arrivée dans le quartier. Nous nous saluons de loin, lorsque nous nous croisons. Depuis plus d’un mois, il est dans mes papiers : mon enquête ne fait l’économie d’aucune piste.

Le problème avec les femmes, c’est qu’il faut laisser croire aux messieurs que ce sont eux qui vous accostent. J’ai attendu. Aussi lorsqu’il me propose un job de serveuse pour le lendemain dans la guinguette campagnarde qu’il dirige, j’accepte qu’il me roule dans la farine pour pouvoir de mon côté m’informer sur lui. La vie de l’inspectrice Clouzot, ancienne naïve reconvertie en combattante, est parfois risquée. Sans compter que je manque aussi d’expérience dans la brasserie.

Mais cela tombe bien, mon logement a été « visité » dans la semaine et j’ai un verrou neuf à la maison. Dimanche matin, je change le verrou de ma porte, je mets en service un nouveau cadenas sur mon armoire et en route pour la campagne. De toute façon, je ne peux pas me protéger « plus » : je suis déjà au maximum de ce que je suis capable d’assumer.

Lundi, dans les référents du blog, je trouve les deux entrées suivantes : « Justice, France, blog, mes papiers voir » et « Justice, Paris, blog, mes papiers voir ». Les référents sont très « inhabituels ». Je n’ai remarqué aucune trace de passage chez moi en rentrant dimanche soir vers vingt heures. Mais que ce soit pour accuser le tour joué ou pour me narguer, cela ne change rien à ce qui reste insupportable, et que je ne supporte plus : une surveillance de tous les instants et qui se manifeste. A priori, personne ne savait que je serais absente dimanche.

Référents du blog 18042011   Référents du blog, lundi 18 avril 2011.

Mon dimanche à la campagne ? Je n’ai pas été déçue du voyage. Imaginez un remake du Mars Attacks! de Burton en bord de Marne, avec canotiers et salades aux lardons crus. Saignant ! Je me suis fait offrir une belle tranche d’humanité.

Ce que je fais ce soir ? Je m’offre une soirée lecture. En ce moment, je lis Gandhi. J’en ai besoin. Je me réinjecte ainsi quelques doses concentrées d’intelligence et de bonté humaines.

Paranoïaque : feedback d’un dimanche à la campagne.

Il paraît que je suis paranoïaque, et même, de toute évidence, coupable et paranoïaque. Hélas, les insinuations qui apparaissent dans les référents de ce jour, mercredi 20 avril 2011, ne sont pas le meilleur moyen de m’en convaincre.

Référents du 20/04/2011   Référents du blog, mercredi 20 avril 2011.

Lorsque l’on clique sur le lien, on est dirigé, en général, vers une page « Erreur 404″ du type de celle décrite dans l’article « Manipulation et intimidation », publié le 26 novembre 2010.

Phallocrates ET misogynes

 

Testez votre sensibilité féministe…

Phallocrates ET misogynes doc Est-ce du racisme ?

doc misogynie Ce qu’ils ont dit en réalité…

Maadiar

Tandis que la justice lilloise me fait savoir que mes plaintes pour diffamation sur le net sont classées sans suite pour cause d’absence d’infraction, je poursuis mon enquête. Le blog Mawy’s versafutile et mon équipe de jeunes cambrioleurs (voir article du 9 janvier « Langage clair » Versus « Hypocrisie »), n’ont conduite à un autre blog, lui-aussi anonyme, celui de Maadiar. Je n’ai pas été déçue du voyage. Ce jeune artiste propose à ses lecteurs un nombre considérable de planches de bandes dessinées, dont certaines, dit-il, sont codées. Il envoie un mail à ceux qui ne comprennent pas. La thématique de l’homosexualité est là-aussi très représentée, cette fois en version masculine. On découvre ainsi les aventures de Polichinet et Renato, emprisonnés ici par la Coccinelle dans un flacon d’urine, l’artiste se complaisant dans le registre infantile du pipi-caca, qui dénote une nette fixation au stade anal :

Polichinet  Polichinet

Certes, ce jeune homme et sa bande de potes se défendent d’être homophobes et sexistes, puisqu’ils sont homosexuels, au moins pour certains d’entre eux. Il n’empêche que les thématiques homophobes et sexistes restent un must pour faire rire aux dépens d’autrui.

Je vous propose comme perle dans le genre la planche Destop qui met en scène une jeune femme, pauvre « connasse », qui cherche à déboucher un lavabo avec de la soude caustique, car les femmes, ces imbéciles, n’ont pas l’idée de dévisser le siphon pour le nettoyer, tâche trop rude pour leurs « petits bras ».

Destop   Destop

Je reconnais que j’ai été très vexée lorsque j’ai vu apparaître cette planche car je venais d’envoyer un courrier peu avenant à mon propriétaire lui recensant tous les produits qui sont à ma charge personnelle, puisque je suis la seule à entretenir l’appartement collectif que je partage avec trois autres colocataires : produits ménagers, ampoules électriques, verrous et autres cadenas à changer après cambriolage et … soude caustique pour déboucher la baignoire. Je suis peut-être « conne » mais je ne mets pas les mains dans le siphon pour déboucher une baignoire où l’un de mes colocataires vient de vomir.

La représentation de la femme dans ces dessins est symptomatique  des fantasmes sexuels, à connotations sexistes, de ce jeune homme : une femme virile, qui revendique une position masculine, et qui est affublée d’un pénis et d’une paire de couilles d’une taille impressionnante. J’ai choisi l’une des planches les moins vulgaires mais les lecteurs en âge de le faire peuvent aller se rendre compte par eux-mêmes des variantes, fort nombreuses, que propose ce jeune homme sur ce thème (1).

Femme dotée d'un pénis   Femme dotée d’un pénis.

Présentée parfois comme un(e) transsexuel(le), cette femme me semble bien être une femme, prénommée sur l’une des planches « Coline ». Lorsque ce jeune homme ne dessine pas des femmes dotées d’un pénis, il dessine des fusils, symptôme là-encore d’une masculinité mal assurée.

Sachez jeune homme, si vous avez besoin de l’apprendre, que la femme fantasmée avec un pénis, ou un clitoris surdimensionné, est un poncif de la misogynie, en particulier lorsqu’elle s’attaque aux femmes intelligentes. Il m’a suffi de feuilleter le recueil de Benoîte Groult, Cette Mâle assurance (2), pour relever un florilège de citations très parlant sur ce sujet.

La médecine n’échappe pas à ces fantasmes délirants en dépit de son caractère a priori scientifique, lorsque son instrumentalisation permet de conforter la phallocratie. Le Dr Paul Julius Moebius dit ainsi à propos des peintres féminins qui manqueraient « totalement d’imagination créatrice » : « Il est bien rare qu’on rencontre un talent véritable, et dans ce cas d’autres caractères trahissent habituellement aussi l’hermaphrodisme intellectuel. »(3)

Les frères Goncourt renchérissent dans le registre : « Si seulement un médecin avait pu pratiquer l’autopsie des femmes ayant manifesté un don artistique quelconque, George Sand par exemple, il aurait évidemment découvert qu’elles avaient des organes génitaux se rapprochant de ceux des hommes, notamment un long clitoris, ressemblant à notre pénis. »(4) Et la philosophie a son propre argumentaire pour justifier les mêmes obsessions. Nietzsche décrète ainsi : « Quand une femme devient un savant, c’est qu’il y a d’ordinaire quelque chose de déréglé dans ses organes sexuels. »(5)

Enfin les clivages politiques disparaissent lorsqu’il s’agit de conforter la domination masculine, et à droite comme à gauche on déplore l’émergence de femmes instruites et libérées. Le libertaire Jules Vallès s’affole : « C’est le type de la femme française qui va mourir dans les pattes de ces cuistres… Au secours ! Les muses de la raison courent le risque de s’appeler avant dix ans Sapho ou la femme à barbe ! »(6); tandis que Pascal Jardin, réactionnaire, s’insurge : « Toutes ces sinistres descendantes de Simone de Beauvoir ne sont qu’une lugubre cohorte de suffragettes mal baisées, mal fagotées, dévoreuses d’hommes aux incisives terrifiantes, brandissant moralement des clitoris monstrueux… Ce sont des ovariennes cauchemardesques ou des syndicalistes de la ménopause. »(7)

Je sais qu’il existe, et qu’il existait déjà au XIXe siècle, des hommes féministes et favorables à l’émancipation des femmes. Benoîte Groult cite Rimbaud ou Stendhal, par exemple. Il ne s’agit pas de mettre en accusation la gens masculine dans son ensemble, bien au contraire. Mais je voudrais ouvrir les yeux de certains hommes, de certains jeunes hommes en particulier, sur la persistance de lieux communs réactionnaires et misogynes jusqu’au XXIe siècle, et sur leurs manifestations quotidiennes. La citation de Pascal Jardin, qui s’exprime dans un langage cru, celui de la rue d’aujourd’hui, est révélatrice de cette misogynie difficile à comprendre pour certains phallocrates contemporains qui prétendent aimer les femmes, c’est-à-dire la leur (pas toujours), et ne dénoncer que les « mauvaises », obligés, pour se concilier une vie amoureuse et sexuelle, de scinder leur objet libidinal en un bon et un mauvais sein, comme un enfant.

C’est à vous que je m’adresse…

Vous ne pouvez pas me faire croire, Messieurs, que la haine que vous me portez, et l’acharnement névrotique avec lequel vous vous organisez pour me poursuivre et me détruire, n’est pas la manifestation patente, évidente, indiscutable d’une misogynie féroce… Vous vous trahissez … :

Quand vous essayez de me déstabiliser en opposant phallocratie et misogynie, pour me faire croire que vous aimez les femmes, alors que vous les aimez comme les aime Mr Ramsay (8)… Francis, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous me lisez, au cours d’une soirée lyonnaise mémorable, et devant une salle comble, une nouvelle de Maupassant, « La Femme à barbe »… Arthur, c’est à vous que je m’adresse.

Quand, traversant une épreuve douloureuse, et qui s’est révélée dix-huit ans plus tard être la conséquence prévue d’avance d’une machination monstrueuse, vous me refusez votre soutien et me traitez de « louve »… Eugène, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous m’insultez, des mois durant, avec la protection de la phallocratie comme de la police, et me faites découvrir toutes les variantes de l’éternelle rengaine de la « mal baisée » : « Touche-toi », « T’as besoin d’un mec », « Troudu », « Va te faire sauter »… Pascal, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous m’invitez à une soirée vidéo, entre potes, pour voir un film à la mode, et que ma tenue vestimentaire est disséquée avec obscénité, à mots couverts, pendant des heures : « mal fagotée »… Arnaud, c’est à vous que je m’adresse.

Quand vous me harcelez d’insinuations souriantes sur ma prétendue homosexualité et que je découvre, plusieurs années plus tard, que vous avez été l’un de mes pires calomniateurs… Jérôme, c’est à vous que je m’adresse.

Ou quand apparaissent des plaisanteries fielleuses sur mon prochain anniversaire, celui de mes quarante-cinq ans, et que je vois se profiler un nouveau type d’insultes, celui qui s’attaque aux « syndicalistes de la ménopause »… Pierre, c’est à vous que je m’adresse.

Mon crime ? Avoir été une adolescente brillante et seule dans un milieu réactionnaire et misogyne. Ma liberté m’a été confisquée à quatorze ans. Depuis, à chaque étape de ma vie, j’ai essuyé les reproches que l’on fait à la femme savante. Privée de vie amicale, puis amoureuse, puis associative, je m’entends encore reprocher ma capacité à sublimer mon goût de la vie dans des pratiques culturelles, que ce soient les beaux-arts ou la lecture… Cette haine de l’intelligence féminine se trahit… :

Lorsque « Mes Parents » m’humilient et me dévalorisent, pendant des années, en opposant à mes quelques succès académiques le parcours de mes cousines qui « elles, ont refusé de faire des études ».

Lorsqu’une future camarade doctorante me pique des crises de nerf, avec chantage au suicide à la clef : « Comment tu connais cet auteur ? », alors que j’ai passé mon année de DEA à cacher mes diplômes, mes réussites et l’ampleur réelle de ma culture.

Lorsque mes professeurs de Paris 7 me donnent comme modèle de l’étudiante brillantissime cette même jeune femme, validant ainsi quelles sont leurs attentes universitaires auprès des étudiantes : une jeune femme inculte, servile, et qui vous impose pendant des mois des conversations abrutissantes sur son cholestérol ou son acné juvénile.

Lorsque des lecteurs de la Bibliothèque nationale passent à mes côtés en ricanant : « Elle lit de la philosophie !… »

Lorsqu’un camarade lyonnais ne voit sur mes étagères que « des livres qui n’ont jamais été lus » : « Si tu as besoin de le croire, mon gars, répands ton fiel… »

Lorsqu’une bibliothécaire amiénoise me reproche sur un ton aigre et agressif : « Mais vous lisez pour deux… »

Lorsqu’à Lille, la voix virile qui traverse les murs s’indigne : « Elle veut tout savoir… »

C’est sans fin et c’est douloureux.

Jules Laforgue résume fort bien en une seule phrase misogyne les dures réalités auxquelles s’est heurtée ma vie : « Puisque la femme revendique ses droits, ne lui en reconnaissons qu’un seul : le droit de plaire ». (9)

C’est la pierre de touche qui décide encore du reste.

Ce qu’il en résulte pour moi ? Un déni de mes droits, sans aucune justification légale à le faire, et une surveillance de tous les instants, fascisante et révoltante, qui a peu à peu détruit ma vie en la privant de ses libertés fondamentales.

Le crime parfait existe-t-il ?

Même si la condition de la femme a fait un progrès incontestable, les forces adverses sont encore bien à l’oeuvre, y compris auprès des générations à venir. En témoigne cette couverture de la revue Marianne, placardée sur tous les kiosques à journaux, la semaine de la rentrée scolaire 2010-2011 :

Marianne Sept 2010   Marianne, N°697, du 28 août au 3 septembre 2010.

La couverture présente en gros titres l’affaire Bettencourt, avec un portrait de la Dame, et dans le coin droit, à côté du titre de la revue, un petit encadré annonçant un article sur l’école et la réussite scolaire des filles. On a ainsi deux intitulés qui se superposent (et s’enchaînent) :

« Ecole – Pourquoi les filles sont les meilleures »

« Quand Liliane Bettencourt triche avec le fisc… le pouvoir ferme les yeux ! »

Ce qui peut se résumer en une seule assertion enfantine :

« Ecole – Pourquoi les filles sont les meilleures ? Quand Lili triche avec la fiche… le pouvoir ferme les yeux ! »

Cette année, des milliers et des milliers de petits garçons ont lu cette affiche sur le chemin de l’école, le jour de la rentrée. Coup de massue : quoi qu’ils fassent, les filles seront meilleures, et elles seront meilleures parce que ce sont des filles. Enfin on leur explique pourquoi elles réussissent : elles trichent. Un petit garçon de sept à huit ans sait lire, et il est capable de demander à un adulte qui est Liliane Bettencourt : « La femme la plus riche de France ». Autant dire la première de la classe. Dans une quinzaine d’années, nous aurons une nouvelle génération de petits machos, révoltés à l’égard des femmes, et dont le mépris pour elles sera d’autant plus convaincu que personne ne leur aura rien expliqué : ils auront compris tout seul. Quant aux filles, elles sont averties : les meilleures auront une triste fin.

On pourrait disserter sur le portrait de Bettencourt qui après tout a le droit, comme n’importe quel capitaliste mâle, de claquer son argent comme elle l’entend : le col de fourrure, le portrait frontal, le regard qui fixe, un peu par-dessous… Il ne flatte pas le modèle. Mais c’est le terme d’héritière qui m’intéresse : pas « patronne », pas « propriétaire », mais « héritière »… Nuance. Sa fortune lui est plus concédée qu’acquise. On retrouve avec ce terme toute la problématique patriarcale de la transmission des biens, des haines qu’elle fait naître entre héritiers, et des jalousies parfois délirantes qu’elle peut susciter chez un homme lorsqu’il est question d’ »héritière » au féminin.

Dans ce dernier cas de figure, la misogynie peut confiner à la maladie mentale. J’ai entendu récemment un homme, par ailleurs brillant, et qui s’estime de gauche, mais misogyne, me parler à deux reprises des « revenus » que touchaient deux femmes différentes « sur les biens de leur mère », ayant recours avec naturel à ce vocabulaire réactionnaire comme si le destin d’une femme actuelle était de vivre à ne rien faire d’un argent hérité de maman, alors que ces revenus supposés n’existaient pas et qu’il le savait fort bien ! Masturbation mentale… et désignation calomniatrice de deux femmes à la haine misogyne de mâles réactionnaires et névropathes.

La portée symbolique de la couverture de Marianne me semble donc beaucoup plus lourde qu’une plaisanterie de potaches pour la semaine de rentrée. Elle est chargée d’une idéologie réactionnaire notoire, ce qui est gênant pour un journal de gauche, et d’une misogynie latente qu’aucun journaliste de Marianne, à mon avis, n’oserait avouer ouvertement. A mes yeux, elle relève, la semaine de la rentrée des classes, de l’incitation à la haine, et de l’incitation à la haine auprès d’une population particulièrement vulnérable, les enfants de moins de quinze ans.

La phallocratie n’est pas dissociable de la misogynie. Et l’émancipation des femmes ne signifie pas une revanche des femmes sur les hommes, renversant les rapports de domination. Il s’agit au contraire d’inventer une nouvelle façon de vivre ensemble, d’imaginer un mode de relation plus harmonieux entre les hommes et les femmes.

Je fais l’expérience tous les jours de résurgences haineuses liées à des conceptions de la femme qui devraient être périmées, puisque l’égalité entre les sexes est acquise au regard de la loi, mais qui perdurent au-delà de ma génération, parfois sous le masque d’un renversement des données monté en épingle. Il n’y a aucune raison, par exemple, pour que les filles réussissent mieux que les garçons à l’école. Le féminisme aura gagné lorsqu’on ne se posera plus la question du sexe pour évaluer les enfants, et qu’en effet l’éducation qu’ils reçoivent leur permettra de réussir de la même façon, qu’ils soient garçon ou fille, selon leurs mérites personnels.

Enfin je considère la misogynie comme une forme de racisme : on ne peut pas se considérer comme un parangon de l’antiracisme et se complaire dans une misogynie névrotique. Aucune femme, même haïe pour des raisons misogynes, ne peut être déchue de ses droits humains sous des prétextes fallacieux. Et si ces prétextes n’étaient pas fallacieux, messieurs, vous accepteriez d’en parler…

Jérôme, c’est aussi à vous que je m’adresse.

Notes :

1. Ecrire « Maadiar » dans Google pour atteindre le site.

2. Benoîte Groult, Cette Mâle assurance, Albin Michel, 1993.

3. Ibid. p. 115, citation du Dr Paul Julius Moebius, De la débilité mentale et physiologique chez la femme (1898).

4. Ibid. p. 193, citation d’Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) Goncourt.

5. Ibid. p. 98, citation de Friedrich Nietzsche (1844-1900), Humain, trop humain (1878).

6. Ibid. p. 235, citation de Jules Vallès (1832-1835), Réveil.

7. Ibid. p. 217, citation de Pascal Jardin, romancier et dialoguiste contemporain.

8. Personnage majeur du roman de Virginia Woolf, To the Lighthouse (Vers le Phare), publié en 1927, et qui incarne la figure du père patriarcal.

9. Groult, ibid. p. 202, citation de Jules Laforgue (1860-1887).

Respect ?

Les Rencontres de Rennes, qui auront lieu du 13 au 15 avril 2011, se proposent comme thème de réflexion : « Respect ! Un nouveau contrat social. Ouvrons le débat ».

Je reproduis ici la contribution que j’ai laissée sur le site du Forum Libération (sans commentaire).

Question 1 : Le manque de respect, d’égard, de considération est, pour beaucoup, un des problèmes majeurs de notre société d’aujourd’hui. Partagez-vous ce sentiment ?

Oui, complètement.

Oui, assez.

Non, pas vraiment.

Non, pas du tout.

Question 2 : Pouvez-vous expliquer en quelques lignes votre réponse ?

Depuis des années je vis une situation de non-respect de mes droits humains les plus élémentaires : non respect de mon intimité, non respect de ma sexualité, non respect du secret médical ou bancaire, non respect du droit pour tous à la justice ou aux soins médicaux, non respect de ma liberté fondamentale à m’insérer dans mon pays comme à le quitter… J’ai monté un blog : « Un micro sous votre oreiller » où j’essaie de me défendre mais lui-même est sous surveillance…

Question 3 : Pouvez-vous décrire une raison ou une situation dans laquelle vous trouvez qu’on ne vous a pas respecté ?

Actuellement, l’absence complète de respect la plus douloureuse est celle que j’endure de la part de la Justice qui classe mes plaintes sans enquête et de plus en plus vite depuis que j’accumule des preuves… Mais il y a aussi un non-respect au quotidien : par exemple, il y a un mois, j’ai eu besoin de consulter un médecin. Il a ricané tout le long de la consultation, ne m’a apporté aucun des soins dont j’avais besoin, s’est permis de me tutoyer, et s’est déclaré mon médecin traitant sur le formulaire informatique alors que je lui avais signifié trois fois, et de façon argumentée, que je n’acceptais pas qu’il se déclare mon médecin traitant.

Question 4 : Quand on parle de respect, qu’est-ce que cela évoque principalement pour vous ?

Quand on me parle de respect, cela m’inspire deux sentiments : 1) de la colère : la culture française confond gentillesse et respect et fait souvent passer pour du respect ce qui n’est qu’une « gentillesse » de façade, des propos mièvres et souriants qui servent à masquer l’hypocrisie et la férocité des transactions, au mépris de la relation humaine. Je te roule dans la farine, mais avec un mot gentil. Le respect n’a que faire de la gentillesse si celle-ci ne vient pas du coeur : il est fait de justice, de goût pour la vérité, de tolérance, et peut se montrer sévère; 2) de la déception : j’ai cru longtemps que mon pays était le « champion » de valeurs humanistes telles que le respect d’autrui ou les droits de l’homme, et j’ai le sentiment d’avoir été trahie.

Question 5 : Selon vous, quelles actions ou quelles réformes permettraient de développer des valeurs de respect dans notre société ?

Le corpus législatif français est certainement l’un des mieux dotés en ce qui concerne les valeurs de respect du citoyen : mais il n’est pas appliqué avec justice. Je pense que les seuls moyens actuels de développer des valeurs de respect dans notre société seraient de lutter contre la corruption et le clientélisme qui créent dans la société une citoyenneté à deux vitesses : ceux qui trouvent des appuis, parfois très injustes, voire malhonnêtes, dans des réseaux de sociabilité (paroisse de quartier, parti politique, association caritative ou humanitaire, administration…), et les autres qui se sentent de ce fait doublement exclus. Le respect est impossible si l’Etat n’impose pas d’abord les mêmes lois et les mêmes règles pour tous, quels qu’ils soient.

Votre avis

J’ai découvert Les Rencontres de Rennes et le thème 2011 dans la presse. Et je ne pouvais que réagir au terme de « Respect ». Depuis des mois je me bats pour faire connaître grâce à mon blog, « Un micro sous votre oreiller », le non-respect  de mes droits humains les plus élémentaires. Je connais aussi la capacité des Français à développer des argumentaires conceptuels « bétonnés » sur des notions abstraites telles que le respect. J’aimerais que pour une fois quelqu’un ait le courage de soulever le cas problématique de Claire Seguin, et de repenser la notion de respect hors des sentiers battus et sécurisés du prêt-à-penser.

Psychanalyse sauvage

Poing levé

La psychanalyse, dans ma vie, a servi d’alibi à mes adversaires pour justifier les calomnies qui couraient déjà sur mon compte et les accusations dont ils m’ont ensuite accablée. J’ai consulté vers vingt-deux ans pour des difficultés relationnelles et je me suis retrouvée étiquetée « grave névrosée », voyant des traits de caractère névrotiques indéniables mais bénins, comme doivent en surmonter beaucoup d’adolescents et de jeunes adultes, être montés en épingle jusqu’à des extrapolations ahurissantes. Ce que je veux souligner ici, c’est que j’ai été non seulement manipulée mais dépossédée de ma propre parole, laquelle est trahie dans tous les sens du terme : livrée à la vox populi au mépris du secret médical et de toute déontologie, mais aussi distordue, insultée et transformée avec une malveillance brutale et cynique. Le résultat est alors jeté en pâture à une petite bourgeoisie haineuse, qui se targue de scientificité là où il n’y a qu’un vernis culturel, et qui s’adonne grâce à mon « cas » à une véritable psychanalyse sauvage qui ne révèle que ses propres maux : mauvaise conscience sociale, hypocrisie et misogynie féroce.

Généalogie d’un assassinat concerté

La plupart des informations qui ont rendu possible la manipulation à grande échelle qui a détruit ma vie ont en effet été transmises par les deux psychiatres que j’ai consultés, le premier à Bordeaux, le second à Paris. Le second m’avait été indiqué par une camarade de Khâgne du Lycée Montaigne, à Bordeaux. Les deux psychiatres ont toujours nié se connaître, alors qu’ils appartenaient tous les deux à la même association lacanienne, La Cause freudienne, association restreinte qui exclut l’anonymat, mais dont j’ignorais tout à l’époque.

J’ai déjà évoqué cette influence dans le long article « Origine des calomnies » et je n’y reviendrai pas, sinon pour rappeler que les dossiers numériques qui intéressaient tant mes jeunes cambrioleurs étaient tous liés à ces psychiatres. J’ai commencé mon investigation en 2008 en enquêtant sur ces médecins. Depuis quelques années, la création d’internet m’avait permis de soupçonner la possibilité d’un lien entre eux. Grâce à des documents et à des annuaires, j’ai été en mesure d’établir qu’en dépit de leurs allégations, répétées  jusqu’en 2008 lorsque je suis allée leur poser des questions, ils se connaissaient bel et bien. C’est à ce moment-là que j’ai découvert qu’ils étaient liés aussi à l’Université de Paris 7 et avaient participé à des manoeuvres manipulatrices qui avaient gangrené non seulement ma vie sociale mais aussi ma vie amicale et amoureuse.

Entre ces deux psychiatres, un troisième fait le lien, qui lui n’est pas médecin mais psychanalyste indépendant et lacanien. Je m’étais adressée à lui en arrivant à Paris, sur les conseils du psychiatre bordelais. Mon ambition alors, très liée à ma formation littéraire, était d’entreprendre une véritable analyse. J’ai abandonné mon projet lorsque je me suis mise à aller mal… à Paris, et sous influence… J’ai très peu vu ce monsieur, quelques séances tout au plus. Il m’avait beaucoup déplu. Il manquait de maîtrise de soi, le prix des séances n’était pas fixe et je n’arrivais pas non plus à discuter avec lui de la façon dont il envisageait l’analyse. Surtout il niait le rôle d’une composante liée à la condition de la femme, non seulement dans ma vie, mais en général. Le problème, prétendait-il, était dépassé. Pour couronner le tout, il m’avait relancée plusieurs fois au téléphone, de façon pressante et désagréable, lorsque je lui avais dit que je renonçais à poursuivre avec lui.

Lorsque quatre ans plus tard ce monsieur m’a recontactée, par courrier, pour me proposer d’écrire un article dans sa revue, ma première réaction a été la méfiance, voire l’angoisse. Il prétendait avoir conservé mon mémoire de maîtrise, qui le remplissait d’admiration. Il venait d’être nommé « Rédacteur en chef » de la revue La Cause freudienne, et il avait pensé à moi. J’en ai parlé à mon psychiatre, avec prudence. Depuis quelques temps je trouvais qu’il y avait trop de hasards dans ma vie, et de tempérament rationnel, j’avais remarqué les faits avec suspicion. Le psychiatre m’avait expliqué que c’était de la paranoïa et m’avait conseillé de lire le cas du Président Schreber, analysé par Freud (1), ce qui n’avait fait qu’augmenter mon angoisse car je n’y comprenais rien : non pas que je ne sois pas capable de comprendre le cas du Président Schreber, mais j’avais du mal à comprendre en quoi il s’appliquait à moi… Je me suis donc retrouvée dans la situation logique suivante : mon psychiatre m’a certifié qu’elle ne connaissait pas ce monsieur (ce qui bien sûr était faux); d’autre part elle ne voyait pas ce qu’il pouvait y avoir de négatif à ce qu’il me demande un article, proposition pour le moins valorisante; ma méfiance était donc irrationnelle et « paranoïaque ». Par conséquent, si je voulais agir en personne équilibrée, je devais me défaire de ma méfiance maladive et me rendre disponible aux opportunités qui s’offraient à moi. A contrecoeur, j’ai accepté de rencontrer ce monsieur.

L’écriture du premier article s’est bien passée : nous nous sommes mis d’accord sur un papier traitant de la psychanalyse chez Michel Leiris, l’auteur de ma thèse. Il a paru satisfait de ce que je lui ai rendu et l’article a été publié (2). Hélas il m’en a aussitôt réclamé un second, sur un sujet lié aux Beaux-arts, et il m’a proposé de passer un soir chercher des livres. Je pensais rester un quart d’heure, j’y ai passé la soirée, sidérée de voir ce type qui me paraissait déjà vieux et dont la capacité de séduction s’apparentait à mes yeux à celle du Yéti des neiges en version nain de jardin, se livrer à un numéro de charme. Je n’oublierai jamais l’effet douche froide sur le peu de confiance littéraire que j’avais alors en moi, ni le dégoût que m’a inspiré cet homme, tout juste promu « Rédacteur en chef » d’une revue parisienne, un titre ronflant qui l’émouvait, et qui cherchait à rentabiliser la situation en suppléant son absence de séduction naturelle par l’abus de pouvoir. Je n’étais pas naïve au point de ne pas savoir que ces choses-là arrivent. J’ai passé une mauvaise nuit en rentrant chez moi, mais j’ai repris rendez-vous le lendemain avec lui pour lui rendre ses livres et lui dire, avec toute la politesse possible, que je renonçais à l’article. Ce qui m’a démontée, ce n’est pas la tentative de séduction, c’est ce qu’il m’a dit à ce moment-là.

Sans manifester la moindre contrariété, il m’a raconté en souriant une anecdote psychanalytique dans laquelle apparaissait un trait biographique très particulier et similaire à un élément de ma vie mais auquel il a donné, avec une intention manifeste, une interprétation si insultante pour moi, si sale, et si calomniatrice, que j’ai cru en perdre la tête. L’insinuation relevait de la menace. Quinze ans plus tard, je me suis aperçue qu’il avait trouvé à Lille, grâce à sa compagne psychanalyste et enseignante à Paris 7, un nouveau terrain d’élection où répandre son influence néfaste et donner un peu d’allant à son ambition démesurée. Lorsque j’ai commencé mon enquête, il n’a trouvé rien de mieux à faire que de publier sur le site de son association psychanalytique un texte sur le hasard, notion qui dans certaines bouches peut prendre des connotations révoltantes.

Je ne savais pas, à l’époque, que ce monsieur avait commencé à me manipuler avant même que je ne prenne connaissance de son existence. Mais j’ai très bien compris que le discours psychanalytique, dans la bouche de certains praticiens, n’avait aucune valeur scientifique et qu’il était déformé en fonction de leurs intérêts personnels.

Les recettes psychanalytiques du cynisme

La psychanalyse, découverte et explorée par Freud et les pionniers de la discipline, se voulait une entreprise d’émancipation qui permettrait aux hommes et aux femmes l’exercice d’une plus grande liberté et d’une meilleure maîtrise de soi. Beaucoup de psychanalystes contemporains se servent au contraire des apports de la science dans la connaissance de l’être humain pour en faire un instrument de domination et de manipulation qu’ils mettent au service d’une élite intellectuelle et financière. Leur démarche implique un mépris radical des valeurs humanistes. Ils voudraient faire la démonstration que l’être humain peut être réduit à une mécanique instinctive dont la psyché serait assujettie à des enchaînements logiques de causes et d’effets sur lesquels la personnalité consciente n’aurait aucune prise. L’être humain est dépossédé de l’exercice de sa liberté. Ces psychanalystes vont jusqu’à nier son libre arbitre et sa capacité à évoluer dans le temps, comme à dépasser ses névroses et guérir. On en arrive à cette aberration où les médecins et thérapeutes ne sont plus des personnes qui soignent mais qui condamnent en posant un diagnostique, diagnostique pourtant toujours sujet à caution.

 D’autre part, comme toute science, la psychanalyse devrait évoluer elle aussi dans le temps et ce de façon d’autant plus certaine qu’elle touche à l’humain. La fétichisation de l’oeuvre de Freud, en particulier chez les lacaniens, enferme les connaissances dans des carcans sans tenir compte des préjugés du XIXème siècle, du contexte social et moral dans lequel elles s’inscrivent et de l’évolution qui a pu se faire dans les mentalités — en premier lieu sur les femmes. Enfin on voit apparaître avec la vogue de la psychanalyse un discours qui s’autonomise au mépris de la parole du sujet qui reste pourtant le seul, en dernier recours, à pouvoir dire qui il est.

Les traités de psychanalyse peuvent ainsi devenir des armes auxquelles ces apprentis démiurges se réfèrent pour justifier la prétendue mécanique implacable de la psyché au détriment du libre arbitre du sujet. Ils identifient un trait névrotique chez une personne puis prétendent, traité de psychanalyse à l’appui, connaître toutes les déclinaisons de sa névrose. La pire mauvaise foi étant nécessaire pour démontrer de telles assertions, ils aident ensuite la réalité en manipulant le sujet afin de faire croire qu’ils connaissent chacune de ses réactions, que celles-ci sont prévisibles et que le sujet ne peut y échapper. Loin de l’aider à surmonter ses difficultés, ce qui serait leur tâche de thérapeute, ils l’enferment dans sa névrose, et au besoin étayent leur théorie malhonnête en organisant les soi-disant événements de la vie où ces déclinaisons seraient amenées à se réaliser. J’aimerais montrer qu’au lieu de m’aider à surmonter mes propres difficultés (qui, en vérité, n’étaient pas insurmontables) les psychanalystes qui ont accaparé ma parole à ma place, allant jusqu’à la calomnie, se sont servis de mon désarroi non seulement pour me manipuler mais pour justifier l’injustifiable, c’est-à-dire pour démontrer le bien-fondé de leur théorie et de leur condamnation, qu’ils savaient pourtant n’être qu’un tissu de mensonges diffamatoires.

Je me suis intéressée, il y a peu de temps, au livre de Sacha Nacht sur le masochisme (3) et ce que j’y ai découvert est en relation directe avec ce que je tente d’expliquer. Il est assez ironique que ce soit dans ce petit livre de référence que j’aie trouvé un exemple incontestable des méthodes de mes adversaires, puisqu’il était un farouche opposant des lacaniens : partisan de la formation médicale des psychanalystes, il a été au coeur de la rupture de l’Institut de psychanalyse de Paris, en 1953, qui a amené Jacques Lacan à fonder une école de psychanalyse concurrente, la Société française de psychanalyse. Mais à rebours de la prose ésotérique de Lacan, dont le jargon et les calembours de potache ne servent qu’à créer un esprit de clan et un effet de sfumato autour d’une pensée sans rigueur, son style est didactique, précis et d’une grande clarté : il est donc compréhensible et utilisable pour une démonstration, y compris par les lacaniens. Hélas sa tolérance, sa prudence et son respect du malade sont bafoués par l’utilisation éhontée que ces derniers en font, ce qui a renforcé ma conviction que le mode de pensée lacanien était un mode de pensée pervers.

Sacha Nacht, qui se démarque sur ce point de ses prédécesseurs, ne considère pas le masochisme comme une perversion mais comme une névrose, ce qui fait une grande différence. Le masochisme serait provoqué par une haine infantile précoce contre le père, ou l’un des deux parents, qui entraînerait chez l’enfant un sentiment de peur et de culpabilité insurmontable. L’enfant retournerait alors contre lui-même l’agressivité qu’il s’interdit à l’encontre du parent haï. Mais si le psychanalyste considère que le masochisme peut constituer à lui seul une névrose en tant que telle, il remarque aussi qu’il n’est souvent qu’une composante que l’on retrouve dans la plupart des névroses : « Au cours de tout traitement psychanalytique, le psychanalyste doit affronter, à tel ou tel moment, le masochisme » (4). Et il ajoute que « le masochisme oppose un des plus grands obstacles au traitement, donc à la guérison du malade » (5).

Rien de tel, donc, pour enfermer un sujet dans sa névrose que de réactiver de temps à autre ses tendances masochistes, que l’on s’est bien gardé de lui faire comprendre, en organisant quelque séance d’humiliation publique. Sacha Nacht cite l’exemple d’un patient à caractère masochiste où cet aspect public de l’humiliation joue un rôle fondamental : « Il arrivait à ce malade de « faire dans ses culottes ». Chaque fois, son père lui infligeait une correction, de préférence humiliante. Il avait même composé une chanson sur ce sujet, qu’il chantait avec ses autres enfants, pour rendre plus honteux l’auteur d’une faute si grave à ses yeux. Le malade se souvenait qu’un jour la correction eut lieu devant des invités, le père disant : « Je suis obligé de procéder à une exécution publique« (6) ». Il explique aussi que « Tous ces incidents avaient rendu le malade très malheureux, mais avaient surtout fait naître en lui une haine terrible contre son père. C’est cette haine qui fut la source de son masochisme et ce n’est qu’au cours de l’analyse qu’il en prit conscience »(7).

On constatera tout d’abord que Marie Darrieussecq connaît très bien ce texte et je tiens à souligner que j’ai lu moi-même Sacha Nacht après l’écriture de mon article « Une exécution publique« (8). Je voudrais surtout évoquer les humiliations publiques que l’on ne m’a pas épargnées. La pire d’entre elles a été vécue à Amiens, au cours de l’hiver 2002 ou 2003, c’est-à-dire au moment où je commence à me révolter contre le harcèlement dont je suis victime et à me défendre. Un soir où j’assistais à un spectacle de la Maison de la Culture, les comédiens m’ont fait monter sur scène pour un sketch et m’ont ridiculisée ensuite dans un autre à la fin du spectacle. Le metteur en scène était hilare lorsqu’il est venu saluer. Depuis j’ai appris que cet homme s’adonne à la mise en scène d’opéras, Carmen par exemple, et fait de l’agit-prop gauchiste avec des amis théâtreux, ce qui me laisse songeuse compte-tenu que j’ai découvert entre-temps qu’il était tout aussi « charentais » que mon père. Il semblerait que ces messieurs-dames veuillent décliner l’ouvrage de Nacht sur toutes ses facettes, en exploitant toutes les névroses où le masochisme est prévalent. L’auteur en analyse en effet trois : la névrose obsessionnelle, la paranoïa et la mélancolie dont l’étape ultime présente l’intérêt notoire de mener le sujet au suicide.

Mes adversaires n’ont oublié qu’une seule chose, c’est que l’on peut guérir de ses troubles névrotiques. Alors que le pervers s’installe dans sa perversion et en éprouve de la jouissance, le névrosé souffre de sa névrose et souhaite en guérir. Le fait que des obstacles inconscients entravent le processus de guérison ne signifie pas qu’elle est impossible, pensée perverse par excellence et digne d’un lacanien. Sacha Nacht explique que pour le guérir, il faut amener le patient à libérer ses tendances agressives infantiles à travers les rêves et les fantasmes, afin qu’il en prenne conscience. Le patient humilié dans son enfance par son père a dépassé sa névrose : « Le malade guérit d’ailleurs par la psychanalyse. Le traitement fut long mais suivi d’un plein succès. Depuis plusieurs années sa vie est stabilisée, il est marié, a un enfant et vit heureux. »(9) Et cette guérison ne demande pas un temps infini. Sacha Nacht considère, dans le cas d’une névrose obsessionnelle qu’il décrit, qu’une analyse longue compte un peu plus de deux années : « L’histoire de cette névrose ainsi décrite paraît simple, mais pour la reconstruire, pour bien établir ce qui vient d’être résumé en quelques mots et surtout pour le faire assimiler par la malade, il fallut un travail analytique de plus de deux ans »(10). Sigmund Freud, lui, pratiquait l’auto-analyse.

Il n’est que deux façons de trahir…

La souffrance de mon quotidien n’implique pas la dépression et n’exclut pas la combativité. Il faudrait quand-même être « couillon » pour croire, après m’avoir fait passer pour une obsédée, tout en sachant que je ne le suis pas, après avoir prétendu sans vergogne à la manifestation d’une paranoïa lorsque j’ai cherché à me défendre en toute légitimité, que je puisse à présent sombrer dans la mélancolie et me laisser réduire au silence par le suicide. Ces messieurs-dames prennent-ils tout à coup leurs désirs pour des réalités ? Mon quotidien est infernal parce que je me bats, mais je me suis réconciliée avec moi-même. J’espère encore retrouver une vie décente, libre et épanouie, mais je peux aussi faire le deuil de certains rêves. Je suis une femme intelligente et cultivée, j’ai la passion de la littérature et des beaux-arts, je suis sensible à la beauté du monde et j’aime les plaisirs de la table. Je n’ai besoin que d’une chose : que les calomnies se taisent et laissent éclore la vérité.

L’admiration que je porte à George Orwell, déjà cité dans ces pages, pour l’extraordinaire lucidité de son oeuvre, mais aussi pour la générosité de son écriture, n’implique pas non plus que je sois incapable d’exprimer des réserves sur ses idées, en particulier sur la position très pessimiste de ses dernières années. Je pense à 1984, le roman d’anticipation qu’il a écrit en 1948, peu de temps avant sa mort (11). Comme la plupart  des gens qui l’ont lu, ce roman m’a marquée. Mais j’en garde un souvenir très troublant pour l’avoir relu au cours de ma dernière année de thérapie à Paris, et avoir essuyé les railleries de mon psychiatre lorsque j’ai essayé d’en parler au cours d’une séance, railleries polies mais blessantes. S’il est possible de voir en effet dans le roman d’Orwell une prémonition terrifiante et géniale du monde moderne, où la surveillance continuelle des citoyens serait comparable à celle de Big Brother, je suis convaincue aujourd’hui que le destin de Winston peut avoir un effet néfaste sur l’imaginaire en laissant penser que toute révolte est désormais impossible. La destruction de Winston par l’exploration, à son insu, de son intimité la plus secrète, et qui s’apparente à un travail de psychiatres, me semble être l’objet de révolte majeur, de même que le fait de mener quelqu’un aux dernières limites physiques et psychiques pour qu’il se trahisse. J’entends par là que le combat de Winston au cours du roman ne me semble pas constituer la véritable révolte, il n’est qu’une initiation à la révolte dans un monde qui fait tout pour l’étouffer. La vraie révolte devrait commencer là où il sombre, et son échec est de ne pas le comprendre, ce n’est pas d’avoir « trahi » Julia, ni d’avoir « trahi » son idéal.

J’aimerais opposer au pessimisme d’Orwell un autre texte, à lire comme la réponse d’un résistant au désespoir de Winston, et comme un antidote à toute tentative de destruction psychologique, le double roman de Vercors, Les Armes de la nuit et La Puissance du jour, texte douloureux s’il en est, mais d’une combativité exemplaire. Pierre Cange, ancien résistant qui revient meurtri des camps, découvre au fil des pages, et aidé par la sollicitude de ses amis, qu’ »Il n’est que deux façons de trahir, c’est de passer à l’ennemi ou d’abandonner le combat » (12).

J’invite mes lecteurs qui s’intéressent à la psychanalyse à lire le traité de Sacha Nacht, Le Masochisme, en regard de ces deux romans. Ils remettront à jour, pour certains, leurs notions psychanalytiques grâce à des explications claires et pédagogiques qui s’opposent aux préjugés. Ils pourront surtout entamer une réflexion sur l’utilisation contemporaine qui est faite de la psychanalyse et sur les dérives auxquelles elle peut conduire.

Je voudrais citer pour finir, et pour compléter mes propositions de lecture, un auteur peu connu du XIXème siècle, Prévost-Paradol, dont le commentaire sur le Discours de la servitude volontaire de La Boétie a retenu toute mon attention (13). Il explique deux choses : la première, c’est que la tyrannie  commence dès la suppression d’une liberté capitale et il précise qu’ »une société peut n’être en proie ni au meurtre, ni au pillage, les droits de chacun peuvent être même jusqu’à un certain point respectés, et cette société peut cependant par la violation évidente du droit de tous, être réduite et maintenue en servitude » (14). La seconde, c’est que la soumission à la tyrannie entraîne chez ceux qui ont connu ou ont l’idée de la liberté un sentiment d’ »humiliation » « que nous ressentons en accordant à notre semblable plus d’obéissance qu’il ne lui en est dû selon l’ordre de la nature et de la raison » (15). Or « cette voix de la dignité humaine mortellement blessée s’entend plus aisément que jamais si la servitude est nouvelle et si le souvenir d’un état meilleur est récent ». Mais il regrette qu’ »en général, loin de lui donner le désir d’être meilleur, cette humiliation constante le rend pire; car une fois que l’homme a de bonnes raisons pour se mépriser lui-même et qu’il en prend son parti, il devient capable de tout »(16).

Je considère la connaissance et la réflexion rationnelle comme une arme de lutte contre toutes les formes de servitude mais aussi contre toute tentative adverse de dégrader l’image de soi des citoyens. Il n’y a pas d’humiliation qui ne puisse être surmontée à partir du moment où l’on a compris l’intention de ceux qui ont cherché à vous humilier. Le Discours de la servitude volontaire de La Boétie fait partie de ces ouvrages magnifiques qui aident à comprendre les mécanismes de la tyrannie et qui devraient être lus par tous afin de lutter contre toute instrumentalisation des idées et des textes, y compris de celui de La Boétie. A partir de là, à chacun de choisir son combat.

 

Article terminé le 29 mai 2011.

Notes :

1. Sigmund Freud, « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa (Dementia paranoides) (Le Président Schreber), in Cinq psychanalyses (1909), Puf 1954, 22ème édition en 2001, p. 263-324.

2. Claire Seguin, « Une autobiographie analytique, Michel Leiris », in La Cause freudienne, n°27, mai 1994, p. 152-157.

3. Sacha Nacht, Le Masochisme, Payot, 1965, réédition en 2008 dans la Petite Bibliothèque Payot.

4. Ibid., p. 187.

5. Ibid.

6. Ibid., p. 161. Les caractères gras sont de mon fait.

7. Ibid.

8. Dans ce blog, à la date du 4 mars 2001.

9. Sacha Nacht, Le Masochisme, p. 161-162.

10. Ibid., p. 171.

11. George Orwell, 1984, publié en 1949. Multiples éditions en toutes langues.

12. Vercors, Les Armes et la nuit et La Puissance du jour, 1ère édition aux Editions Albin Michel en 1951, Ed. du Seuil et Rita Vercors, coll. Points, 1997, p. 250.

13. Prévost-Paradol, Journal des Débats 19-XII-1859, recueilli dans les « Etudes sur les Moralistes français, suivies de quelques réflexions sur divers sujets », et cité par Simone Goyard-Fabre dans son édition du Discours de la servitude volontaire de La Boétie, Flammarion, coll. GF, 1983, p. 187-205.

14. Ibid., p. 203.

15. Ibid., p. 201-202.

16. Ibid., p. 202.




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