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Archive journalière du 4 mar 2011

 » Une exécution publique »

Il faut avoir vu certains sourires, comme ceux que j’ai découverts à mon retour de Toronto, pour être en mesure  d’apprécier le degré de bassesse humaine, et de corruption, que révèle soudain la joie mauvaise de visages qui se dévoilent hors témoins. Si je ne connais guère le corps professionnel des juges, je connais assez bien celui des enseignants pour éprouver un doute tenace face à des agents qui s’estiment au-delà de toute critique alors que la simple statistique ne peut que leur donner tort : l’erreur professionnelle est toujours possible, et devrait être envisagée.

Mais tandis que je vois certains de mes anciens collègues de Roubaix tenter je ne sais quelles manoeuvres psychologiques à me croiser, les yeux dans les yeux, en tenant par la main avec ostentation un très petit enfant, je ne peux que constater la persistance du pli qui a été pris en groupe, et la solidarité de haines pourtant artificielles mais que personne n’a le courage de remettre en cause. Depuis quelques jours, les avis de classement de mes plaintes se multiplient dans ma boîte à lettres. Mais je ne suis pas non plus assez naïve pour croire à une conséquence répressive des demi-révélations faites dans ce blog. Je crois bien au contraire à une exécution préméditée de longue date.

Voir rouge au coeur de la bataille

Les marées successives de la calomnie ne me parviennent, jour après jour, qu’à travers le ressac des sourires ironiques qui s’accentuent ou s’apaisent sur le visage des passants que je croise. Je suis peut-être incapable d’imaginer l’ampleur réelle des accusations et des racontars qui se colportent sur moi. Mais il est certain que si j’avais encore une chance de reconstruire ma vie ailleurs lorsque j’ai commencé à préparer une reconversion et un départ vers quarante ans, celle-ci s’amenuise à quelques semaines de mes quarante-cinq, et de façon d’autant plus cruelle que je suis une femme.

Il aura fallu une enfance charentaise et une jeunesse bordelaise pour préparer le désastre de mes années parisiennes. Mais je me demande encore à quel moment une chance aurait pu m’être accordée de voler de mes propres ailes. Manipulée pour entrer à Paris 7, cette « fac de gauche » qui broie du prolo aussi bien qu’une autre, je l’ai été à nouveau lorsque j’ai essayé de partir vivre à Lyon, et de façon tout aussi cruelle. Lors de mon séjour estival dans le Beaujolais, j’ai revu dans la capitale lyonnaise les deux amis les plus proches auxquels je m’étais liée alors. Frère et soeur siamois dans la bassesse humaine dont ils se sont faits complices avec jubilation, il faut les entendre aujourd’hui oser en appeler au souvenir de ma mère décédée dans l’espoir de raviver un sentiment de culpabilité qui pourrait me faire taire pour comprendre le haut-le-coeur de dégoût que peuvent m’inspirer certains esprits.

Ces deux insensés présentent un profil psychologique similaire, avec une génération d’écart, à celui de mes jeunes cambrioleurs, fils de grands bourgeois et de hauts fonctionnaires incapables d’être à la hauteur des ambitions familiales, ou filles de notables en âge de se marier mais au coeur ravagé de haine. Ils font partie de cette clientèle qui trouve naturel d’obtenir un poste à l’Université parce que « ma mère est dentiste » ou « ma soeur est normalienne », et qui substituent à une culture humaniste des recettes psychanalytiques qui flattent leur imaginaire, mais qu’ils appliquent avec grossièreté, sans même vouloir s’apercevoir que je les comprends. Ils projettent ainsi sur moi leurs propres fantasmes dont ils se dédouanent à peu de frais pour le plus grand plaisir des salons pédants.

Tomates 

Lorsque j’ai commencé mon enquête, et que j’ai découvert chez l’un la lignée de catholiques névrotiques, chez l’autre le faux grand-père héros de la Résistance, ou chez la troisième le bâtard élevé par une mère célibataire, tenancière de bistrot à la sortie de la guerre 14-18… mon analyse a fait un grand bond en avant. Mais vous ne comprenez pas ? me disait-on avec condescendance. La dureté des termes n’était pas même de mon choix. Non, je ne comprenais pas, et c’était tout à mon honneur.

Mon analyse a fait un bond en avant, et ma colère aussi.

Je ne serai pas complice, par mon silence, d’intellectuels et de docteurs qui ont sur la conscience la responsabilité de ma vie détruite par trente années de tortures morales, et sur les mains, le sang de mes enfants égorgés.

Petite bibliographie sélective :

Gabriel Taïx, Monsieur Mitterrand, vous n’êtes pas socialiste, Ed. France-Empire, 1977.

Fiche de Lecture Taix

Emmanuel Faux, Thomas Legrand, Gilles Perez, La Main droite de Dieu. Enquête sur François Mitterrand et l’extrême-droite, Seuil, 1994.

doc Fiche de Lecture Perez

René Girard, La Route antique des hommes pervers, Grasset & Fasquelle, 1985.

Voir Fiche de Lecture dans l’article : « A l’ombre tutélaire de l’avantageux ministre, Monsieur Xavier Darcos ».

Gérard Murail (le père), Lorris dans la forêt, essai poétique, Les Cahiers à haute-voix, La Colombe, 1960.

-, A la face de Lourdes, psaume, revue Zodiaque n°37, Presses monastiques de La Pierre-qui-vire, 1958.

-, Compostelle, poésie, Société ligérienne de Philosophie, 1983.

doc Fiche de lecture G. Murail

Marie-Aude Murail (la fille), Patte-Blanche, L’École des Loisirs, coll. Mouche, 2005.

doc Fiche de Lecture M.A. Murail

Marie Darrieussecq, Claire dans la forêt, Ed. Des Femmes, 2004.

doc Fiche de Lecture Darrieussecq-Forêt

-, Le Musée de la mer, P.O.L., 2009.

doc Fiche de Lecture Darrieussecq-Musée

Sur la question du rapport de l’homme à l’animal, je renvoie mon lecteur au site du Salon du Livre 2011 (du 18 au 21 mars) : consulter dans la section Ecouter/Voir, Podcasts, le podcast « L’homme animal », avec une intervention de Marie Darrieussecq.

Emmanuel Bove, Le Pressentiment, avec une préface de Marie Darrieussecq, Ed. Le Castor Astral, 1991, et Points 2009 pour la préface.

Pas de fiche de lecture. Voir la Préface de Marie Darrieussecq ci-dessous.

Carole Bachelot & Adrien Taquet, La Politique et moi. Jeunes artistes en quête de politique (avec une interview  de Marie Darrieussecq), collection Fondation Jean Jaurès/ Plon, 2005.

doc Fiche de Lecture Bachelot-Taquet

NB : Pour ceux qui, comme moi, n’auraient jamais entendu parler d’Emmanuel Bove (1898-1945) avant de découvrir son nom dans une bibliographie, il s’agit d’un romancier médiocre du début du XXe siècle, qui connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, en particulier parmi les psychanalystes lacaniens, comme ceux de l’Aleph, à Lille, qui l’ont étudié au cours de leur dernier colloque.

pdf Préface Bove Darrieussecq

doc Aleph 2010




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