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« Ne l’oubliez jamais : celui qui laisse se prolonger une injustice, ouvre la voie à la suivante. » Willy Brandt

Lille. Printemps & Été 2010. Octobre-novembre 2010.

Depuis le printemps, j’essaie d’aller à la rencontre des Lillois, en distribuant dans la rue des questions, rédigées sur des petits rectangles de papier blanc, et qui sont toutes en rapport avec les atteintes à la vie privée.

Ces phrases ont d’abord été présentées de façon lapidaire et énigmatique : « Vos collègues ont-ils un droit de regard sur votre sexualité?* *Et pourtant vous riez. » ou « Lorsque les cartes sont truquées, la pilule du Destin est difficile à faire passer. Carmen. », au moment où l’opéra était joué dans la ville.

Celles-ci se sont peu à peu enrichies d’une explication, puis de l’ajout de mes coordonnées (le mail, le blog).

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De l’indignation à la mobilisation

Lorsque je suis descendue pour la première fois dans la rue pour distribuer mes premiers petits papiers, l’indignation était le sentiment qui prédominait en moi.

Les personnes qui sont complices à Lille du harcèlement et des atteintes à la vie privée dont je fais l’objet sont nombreuses. J’entendais leur rappeler que l’on ne peut pas à la fois défendre les droits de l’homme dans une association et les bafouer au quotidien, que ce combat se mène aussi dans sa propre vie, y compris en France, à Lille, sur son lieu de travail et auprès de ses proches.

Je voulais d’autre part alerter les gens sur les changements radicaux qui sont en train de se produire dans la société, par le biais de l’évolution technologique liée à internet, mais aussi de celle qui est liée aux possibilités de surveillance qui se sont développées ces toutes dernières années.

Je suis convaincue de ne pas être un cas isolé, même si le mien semble avoir pris des proportions désastreuses. Je pense aussi que chacun devrait se sentir concerné par la mise en danger de sa propre vie privée, et s’impliquer dans une redéfinition des abus liés à la modernité, en particulier si les règles actuelles, et qui tentaient de faire respecter la notion de vie privée, sont dépassées par les possibilités de la technologie.

Écho de la rue

Le retour qui m’est parvenu au fil des distributions n’a fait que confirmer mes intuitions. Loin de susciter l’indifférence, les petits papiers ont toujours surpris et parfois fait réfléchir. En organisant des distributions régulières, deux ou trois fois par semaine, au même endroit, à la même heure, j’ai obtenu de vraies réactions : de l’attente : « Ah, le petit papier du soir… » me dit-on avec un sourire, en prenant celui du jour; des questions : « Sont-ils tous identiques? » avec le souci d’en réclamer deux différents; des commentaires : « Ca  fait réfléchir », « On en parle à plusieurs dans le train… ».

J’ai eu aussi des réactions négatives : des insultes, des essais de diversion au plus gros des distributions, des tentatives de découragement, des menaces : « Vous ne devriez pas continuer de faire ça, Madame »… Depuis cette semaine, on ne veut plus de moi à Rihour le matin, et la police municipale est venue me signifier que les distributions étaient interdites en centre ville. Pour moi, c’est certain… Ces réactions-là aussi confirment que ma démarche a un impact puisqu’elle provoque de la crainte chez mes adversaires. Je n’en suis donc que plus déterminée.

Euralille, situé entre les deux gares, et lieu de passage entre tous, s’enorgueillit d’une avenue Willy Brandt, dont l’accès est estampillé d’un panneau à l’honneur du grand homme éponyme de l’artère. J’ai repris la citation de Willy Brandt qui est proposée à la mémoire des passants sur mes petits papiers, avec un certain succès : « Ne l’oubliez jamais : celui qui laisse se prolonger une injustice, ouvre la voie à la suivante ». De toute évidence, les Lillois sont fiers de leur devise et plusieurs personnes m’ont demandé « des petits papiers » pour « les distribuer autour d’eux »… J’espère qu’ils sauront mettre en accord leurs idéaux avec leurs engagements. De mon côté, je ne laisserai jamais dire que ma situation puisse être flatteuse ou amusante. Mon combat est d’abord l’expression d’une souffrance.

*Vergesst nicht : Wer Unrecht lange geschehen lässt, bahnt dem nächsten den Weg. » 14 septembre 1992,Willy Brandt.

 

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